Lettre ouverte d’un jeune entrepreneur d’architecture à Manuel Valls.


Monsieur le premier ministre,

Je suis architecte et jusqu’en septembre 2013, date à laquelle j’ai été licencié pour raison économique, j’ai toujours été salarié. J’ai tenté brièvement de retrouver un emploi salarié, mais personne n’embauchait, la crise avait frappé durement les agences d’architecture. Cependant, j’ai eu l’opportunité de m’associer à un cabinet d’architecture existant depuis 20 ans, mais manque de chance, une nouvelle fois, ce dernier s’est retrouvé en redressement judiciaire. Impossible donc de m’associer. Ainsi, j’ai décidé au mois de mai 2014 de monter ma propre agence d’architecture.

Je vous passe les tracasseries et les moyens financiers nécessaires à la création d’une société, mais croyez-moi ils sont beaucoup plus nombreux que les flyers édités par les chambres de commerce et Pôle Emploi. Bref, en octobre 2014, mon agence était créée. La chance me souriant, je commençais mon activité par deux projets de rénovation d’appartements en région parisienne. Deux projets intéressants tant sur le plan architectural que sur le plan du développement de l’agence, mais qui ne permettaient pas de me rémunérer. Heureusement, il faut le reconnaître, le système français est assez bien fait et en tant que chômeur, j’ai eu la chance de conserver mon chômage pendant la première année d’exercice dans la mesure où je ne me versais aucun salaire. Mais sans cela, comment aurais-je fait ? Aurais-je déjà mis la clé sous la porte ? Je ne sais pas, mais les mesures que vous avez annoncées ce matin en faveur des TPE et des PME n’auraient rien changé pour mon cas personnel et pour des dizaines d’autres agences d’architecture que je connais.

Nous n’avons pas besoin d’aide à l’embauche (nous n’embauchons pas), de limites aux indemnités de licenciement (sans lesquelles, je vous le dis, je n’aurais pas pu avoir les fonds nécessaires pour créer ma société), de double renouvellement de CDD ou de gel des seuils sociaux, nous avons besoin de travail, de chantier, de travaux, de marchés publics… Or, c’est là que le bât blesse, face à ces mesures en faveur des TPE et des PME, le code des marchés publics que vous êtes en train de réformer favorise exclusivement les grosses entreprises d’architecture, celles déjà installées, avec un gros chiffre d’affaires, des références à la pelle… En favorisant les partenariats publics-privés (alors que vous avez pu constater les dégâts que ces contrats engendraient notamment avec l’hôpital sud-francilien à Evry) et les marchés de conception-construction, vous excluez de fait un grand nombre d’agences d’architecture, mais aussi nombre de petites entreprises de BTP en faveur des leaders du marché. Aujourd’hui, ce sont déjà 80% de la commande publique qui sont détenus par 20% des agences (et des entreprises de BTP), demain le rapport sera 90/10 aux dépens de ces petites structures. Le tissu des ces TPE fera la force du tissu entrepreneurial français, encore faut-il vraiment les aider et les soutenir.

Monsieur le premier ministre, en tant que jeune patron d’une TPE, je ne vous demande pas grand-chose, si ce n’est de pouvoir continuer à exercer le métier que j’aime, à faire grossir mon entreprise et à ce qu’elle devienne pérenne – je sais que c’est ce que vous me souhaitez aussi -, mais pour cela je n’ai pas besoin des artifices que vous avez présentés, mais de vraies mesures de fond, afin que les TPE et PME qui sont dans mon cas puissent, elles aussi, participer au redressement de la France et à son rayonnement.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, en l’expression de ma très haute considération.

13 réflexions sur “Lettre ouverte d’un jeune entrepreneur d’architecture à Manuel Valls.

  1. C’est juste, c’est clair et c’est vrai. Alors autant que les politiques de droite ou de gauche se mettent au clair des réalités et des goulots d’étranglement que le mode de fonctionnement des affaires traînent depuis des décennies. Trop aveugles, et surtout, peut-être, trop opportunistes et trop proches de certaines structures (les donneurs d’ordre).
    On peut rêver, mais on ne doit pas croire que c’est possible.
    Amicalement

  2. Cette lettre et les commentaires associés expriment bien la fracture culturelle entre le monde de entrepreneuriat et l’architecture. Rien de nouveau donc chez les architectes.

  3. Viendra ensuite l’heure du premier emploi, des charges, de l’urssaf, des nuits blanches, du premier licenciement, du premier prudhomme, du premier redressement fiscal… créer une entreprise en France ? Un suicide! Votre lettre ne va pas assez loin.

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