Devons-nous nous mettre tout nu pour que Fleur Pellerin écoute les architectes ?


Lors de la dernière cérémonie des Molières, le dramaturge Sébastien Thierry s’est adressé à la ministre de la Culture en tenue d’Adam. Dans un discours plein de finesse, Sébastien Thierry déplore la situation des auteurs dramatiques avec humour, mais non sans gravité. Devant un tel déballage, on ne doute pas que Fleur Pellerin oubliera de sitôt ce moment de vie de ministre. Les architectes, qui n’ont jamais eu peur de la nudité, doivent-ils aussi se mettre nu pour qu’enfin leur ministre de tutelle les écoute ?

Alors que les architectes plaçaient beaucoup d’espoir en Fleur Pellerin, le soufflé est retombé progressivement. Tout d’abord, la demande de la présidente de l’Ordre des architectes à ce que la ministre nomme un conseiller (architecte de préférence) chargé de l’architecture à son cabinet resta lettre morte. Ensuite, les fuites du pré-projet du loi «création artistique, architecture, et patrimoine», montraient que ce dernier ne s’intéressait qu’à la marge du vaste sujet qu’est l’architecture. Rien dans la loi, mais tout dans l’incitation , nous disait-on. Il restait donc l’espoir que la « Stratégie nationale pour l’architecture » mise en place par la ministre il y a trois mois allait faire bouger un peu les choses, mais depuis rien. Pas un bruit, pas une seule communication. On ne sait pas comment fonctionnent les groupes de travail et on ne sait pas qui est auditionné. Tout se passe dans l’ombre de la rue de la Valois et nous attendons tous le rapport qui devra être remis à la ministre en juin. Mais au vu de ce qui trame à Bercy, les incantations du ministère de la Culture pèseront bien peu malheureusement.

Aussi depuis le début de l’année, les différentes annonces et bruits de presse qui parviennent à mes oreilles me font redouter le pire.

La loi Macron prévoit que les bâtiments agricoles de moins de 800 m² pourront tous être réalisés sans aucun architecte. Encore un pan de la construction qui disparaît pour les architectes. La réforme du code des marchés publics (CMP) du même ministre prévoit la multiplication des marchés globaux dans certains secteurs particuliers (police, gendarmerie, établissements pénitentiaires ou encore de santé…). C’est une nouvelle fois un coup porté à la liberté des architectes.

Par ailleurs, alors même que les affaires concernant les PPP se multiplient (ici ou ), cette réforme prévoit la suppression pure et simple des seuils de recours à ces contrats dont le nom change « marchés de partenariat » (le terme PPP étant trop marqué par les affaires).

Je pourrais continuer comme cela pendant longtemps : la chute inexorable des honoraires, la fin programmée des concours d’architecture, Jean Nouvel débouté par la justice dans l’affaire de la Philharmonie (ce qui en dit long sur le respect de l’architecte), ou encore l’accord commercial trans-atlantique (soutenu par le conseil des architectes d’Europe) qui permettra à une entreprise (originaire d’un pays dans lequel les conditions d’exercice de l’architecture sont moins strictes que le pays où elle souhaite s’implanter) d’attaquer l’état cible sous prétexte que la législation en vigueur, trop stricte, lui ferait perdre de l’argent…

Ne vous inquiétez pas trop, pour lutter contre toutes ces dérives, l’Ordre des architectes est là et bien présent. La preuve, il va organiser… des universités d’été. On tremble aux ministères des Finances et au ministère de la Culture.

Bref, tout cela pour dire que la différence entre l’amour et l’envie de l’architecture et des architectes évoqués dans le rapport de Patrick Bloche est en complète contradiction avec toutes les mesures prises ou prévues depuis six mois par le gouvernement. En 2013, j’expliquais à Aurélie Fillipetti, locataire de la rue de Valois à l’époque, qu’aux belles déclarations d’amour, je préférais des preuves d’amour. S’il faut que les architectes se mettent tout nu pour avoir des preuves d’amour, nous sommes prêts à le faire. Au point, nous en sommes…

10 réflexions sur “Devons-nous nous mettre tout nu pour que Fleur Pellerin écoute les architectes ?

  1. Les intermittents ont l’avantage des médias et osent s’en servir.
    Leurs revendications relèvent du même état alarmant des professions dépendant de ce ministère;
    Bravo pour cet article.

  2. Le ministère de la culture à surtout en charge l’enseignement de l’architecture et sa dimension culturelle via ses institutions… Il n’a pas en charge l’ANPE. Pour le travail des architectes, vous êtes assez grands pour vous débrouiller et faire le poids face aux autres cotractants. Rien n’est dû à personne dans ce bas monde !

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