Starchitecte cherche stagiaire exploitable et corvéable à merci.


En juin 2013, dans une interview au webzine Deezen, l’architecte Sou Fujimoto déclarait : « Nous avons au Japon une longue tradition du stage et généralement les étudiants travaillent gratuitement sur plusieurs périodes. C’est une bonne occasion pour tous [pour l’employeur] de connaître les nouvelles générations et pour les jeunes d’apprendre comment les architectes, au Japon ou dans d’autres pays, travaillent. » Une provocation de l’architecte nippon qui ne l’empêchait aucunement de remporter le concours de la « folie architecturale » à Montpellier quelques mois plus tard.

Relevée par le site Multitiude, en novembre 2013, mais ressortie des tréfonds d’internet cette semaine, une « offre d’emploi » proposée par l’agence Pritzerisée et Equerrisée japonais Sanaa. Dans les faits, cela ressemble plus à une offre de stage pour étudiants non rémunérée, 12 heures par jour, 6 jours sur 7 auquel il faut ajouter le fait d’amener son propre son ordinateur et ses propres logiciels. Une offre hallucinante proche de l’esclavage moderne que je vous laisse découvrir.

Les Japonais ne sont pas les seuls, j’ai reçu, il n’y pas très longtemps une lettre de recommandation d’un jeune étudiant qui venait d’effectuer stage chez un célèbre architecte voleur de poules avec ce compliment étrange : « Je vous remercie également pour votre présence dans n’importe quelle circonstance, tôt ou tard dans la nuit ». Oui, oui tôt ou tard dans la nuit, pour un stagiaire gratifié de quelques centaines d’euros par mois… C’est beau d’avoir de grands principes dans les médias et d’agir à l’encontre de ceux-ci dans les faits. Certes, ce n’est pas le seul à faire cela, mais cela n’excuse en rien le traitement que peuvent avoir nombres d’architectes (petits ou gros) à l’égard des stagiaires.

Mais revenons rapidement au cas nippon. Que le Japon ait un code du travail proche du zéro peut potentiellement nous choquer, nous Français attachés au droit des travailleurs, mais ne nous concerne guère. Il nous concerne en revanche quand ces architectes stars répondent à des appels d’offres français, gagnent des concours et reçoivent de l’argent public au détriment des règles les plus élémentaires du droit français. Il est anormal que les pouvoirs publics de ce pays, dans une ignorance bien confortable, continuent de fermer les yeux sur des pratiques d’un autre siècle sous le prétexte fallacieux du marketing politico-architectural. Si les concours publics restent la norme, ce qui est de moins en moins certains, des critères en droit du travail, doivent être mis en place dans les plus brefs quitte à pénaliser ceux qui ne les respectent pas.

En attendant, les étudiants stagiaires doivent refuser ces offres et les syndicats étudiants doivent faire le ménage dans les agences irrespectueuses et illégales. Cette situation est la cause et la conséquence du dumping des honoraires, il est temps d’y mettre fin. La citation du révolutionnaire Pierre Victurnien Vergniaud (longtemps attribué à Étienne de La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire), extraite d’un discours de 1792 sonne aujourd’hui comme une injonction :

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons nous. »

6 réflexions sur “Starchitecte cherche stagiaire exploitable et corvéable à merci.

  1. Je n’ai malheureusement rien appris dans cet article mais c’est bien de remettre sur la table ce sujet tant qu’il sera d’actualité. Merci. Je connais une personne qui a travaillé dans une agence au Japon refusant par principe et par nécessité comptable de travailler gratos ou presque, chez un grand surtout quand on est étranger c’est possible, pour un petit japonais peut-il exiger de Ito, Yamamoto, Fujimoto ou Fukushima un contrat de travail et même -soyons fous- un salaire digne de son travail et de sa compétence ?

  2. J’ai bien réfléchi et voilà ce que j’en pense : les architectes (employés ou stagiaires) se laissent exploiter parce qu’ils ne savent rien faire d’autre que l’architecture. Je m’explique : quand on est employé dans un secteur qui s’effondre économiquement, on fait une formation et on change de secteur. Mais en architecture on ne bouge pas parce que, après cinq ans d’études, on ne voit pas d’autres options (d’ailleurs on ne nous propose aucune autre option, le diplôme n’est reconnu que dans les agences d’architecture). Le jour où les architectes penseront pouvoir travailler dans des entreprises du bâtiment, du droit, être manageurs, chefs de projets, bref, des trucs qu’on sait faire aussi, alors la fuite des agences sera possible et ça règlera une partie du problème.

  3. Le japon possède un code du travail similaire au notre donc pas si proche du zéro en fait, voir lien ci-après : https://www.hataraku.metro.tokyo.jp/soudan-c/center/all-e2008.pdf, seulement la culture du travail et la mentalité est très très différente de la notre et pas seulement dans les boites d’archis… Et Malheureusement, les choses n’ ont pas l’air d’aller vers le progrès dans le sens ou nous Francais voudrions l’entendre : fin 2014 le premier ministre Shinzo Abe proposait une loi pour instaurer les heures supplémentaires non payées … Cela parait invraisemblable mais tellement courant déjà dans la pratique !
    Merci en tout cas de partager cette triste réalité: Que des archis stars comme Fujimoto, Sanaa , Ishigami et encore bien d’autres aient au moins cette image bien salie d’archis qui ne donnent que très peu de valeur au travail et qui n’ont presque aucun respect pour leurs employés…

  4. Bonjour,

    N’ayant pas de FB, mais ayant lu vos publications, via le compte d’un ami… je me permets juste de vous souffler de prendre contact auprès de la CNIL.

    Ils sont très compétents, via téléphone ou sur place (si vous êtes sur la Capitale)…
    pour répondre à vos questions relatives aux notions de « droit » et de « diffusion »,
    sur le support dit numérique… à l’échelle nationale ou internationale.
    Vous en aurez le coeur net, sans blabla farfelu comme j’ai pu lire… !
    De plus, c’est gratuit.

    Le COA et son service juridique, disponible une fois par semaine à des heures… impossibles, ne vous sera d’aucune aide.

    Courage à vous.

  5. C’est malheureux, mais chez nous ça existe aussi. A cause de la « crise » des jeunes diplômés se voient proposer des stages, ce qui est strictement interdit une fois qu’on a le diplôme. Pour rappel, la HMONP est une mise en situation professionnelle, on doit être payé selon un contrat de travail normal (enfin ça c’est la théorie). Bref, les écoles signent donc des conventions de stage a des jeunes diplômés, sous prétexte que leur formation HMONP est en cours, et dans ce cas précis, que le stage débouche sur ô miracle un CDD en contrat HMONP, youpi ! Donc avec la complicité des archis œuvrant dans les écoles, des boites peuvent se payer un jeune diplômé au prix d’un stagiaire, elle est pas belle la vie !…. Ces même archis qui casseront les prix sur les appels d’offre et laissent sur le carreaux ceux qui, réglos, payent leur salariés, cotisations etc…

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