MIPIM, le salon de la malbouffe architecturale.


Tous les ans ou tous les deux ans, il y a le SIAL, le plus grand salon de l’innovation agroalimentaire au monde. On y trouve tout et n’importe quoi, de vrais innovations pour l’agroalimentaire comme de la chimie ou des produits industriels des plus malsains pour notre santé. Bah le MIPIM, le Marché International des Professionnels de l’Immobilier, qui vient d’ouvrir à Cannes, c’est pareil. Une grande foire où chacun vient présenter ses projets immobiliers, urbains, architecturaux, des biens forcément un peu, mais surtout du grand n’importe quoi, du prêt à bétonner, du rien à penser…

Ils sont tous là, ils sont venus, ceux qui font du fric, ceux qui pèsent, ceux qui décident, ceux qui fond du business, ceux qui construisent la ville… Le promoteur russe côtoie l’adjoint municipal en  charge de l’urbanisme pendant que le petit architecte, qui d’habitude gueule d’avoir payé sa cotisation à l’ordre 700€, n’a pas hésité une seconde à débourser 1750 € TTC pour avoir la chance de déposer sur un coin de table son book réalisé pour l’occasion. Pendant les deux prochains mois, il espérera désespérément un appel qui ne viendra pas. Tant pis, il aura essayé et il y retournera la prochaine fois.

En attendant, il s’enivrera au champagne et retrouvera d’autres confrères qui ont eu la chance d’être invités à présenter leur dernier projet pour Immochan ou leur dernier projet de 480 logements en banlieue d’Oulan-Bator pour Bouygues Immo. Des projets tape-à-l’oeil pour faire plaisir et se faire plaisir, pour montrer que tout va bien, que la crise est terminée, derrière nous, de beaux sourires de façade (en béton BFUP). Tout le monde a sorti son projet le plus fou, le plus dingue, le plus haut, le plus cher, le plus brillant, le plus… bref, tout le monde veut montrer qu’il a la plus grosse et la plus belle du marché.

On se demande quand même à quoi tout cela sert ? A vendre du prêt à penser urbain, des solutions toutes faites reproductibles partout dans le monde ? Où est la qualité d’aujourd’hui, où est la réflexion de demain, où sont les débats pour l’avenir ? Pas au MIPIM, ça c’est sûr et en même temps, ce n’est pas le lieu, donc on ne peut leur reprocher, mais alors pourquoi tout tourne autour de ce salon et tout le monde s’y presse ? Pourquoi tout le monde me demande si je vais au MIPIM cette année ? Pourquoi est-il si incontournable ? Pourquoi est-il devenu au fur et à mesure des années la référence de la fabrication de la ville néo-libérale dont les architectes, présents au nombre de 666 (le chiffre du malin) cette année, sont devenus les principales têtes de gondole ? Pourquoi un salon porté par le langage de la promotion pour la promotion attire les maîtres d’ouvrage publics pressés de s’y retrouver ? Et donc pourquoi l’argent public cède-t-il à ce monde de l’immobilier et du tout fric ? Pourquoi les insiders du métier, même ceux qui ont un cerveau qui fonctionne et qui ne pensent pas qu’au pognon, ne peuvent-ils pas ne pas être présent à ces jeux du cirque immobilier ? Tout simplement parce qu’il faut y être, en être, être vu… Parce que c’est aussi sûrement là-bas que tout se passe, c’est comme la biennale de Venise, mais avec des mocassins à glands (et d’éventuelles signatures de contrat).

J’aurais du y aller cette année. On m’avait invité. Je n’ai pas pu. Je ne trouvais ni l’envie ni l’intérêt d’aller sur place, si ce n’était pour y faire un article plus détaillé que celui-ci en mode gonzo-journalisme. Mais bon, être invité et cracher dans la soupe, c’est un peu moche comme méthode. J’ai préféré une critique bien au chaud dans mon petit bureau avec mes petits projets qui, certes ne font par forcément avancer le schmilblick architectural et urbain, mais laisse la petite part d’intégrité qui reste en moi.

8 réflexions sur “MIPIM, le salon de la malbouffe architecturale.

  1. J’ai eu beau chercher le nom de l’auteur de l’article, je ne l’ai pas trouvé…?
    Est-il possible, svp, de savoir qui l’a écrit ?
    Laurent GOUYOU-BEAUCHAMPS,
    Architecte à BORDEAUX.

    PS : Je ne suis jamais allé au MIPIM et je n’ai aucune envie d’y aller, et/mais je vois avec désolation dans des villes comme Rennes ou Bordeaux ce à quoi nous amène cette manière de « faire la ville ».

  2. “la petite part d’intégrité qui reste en moi.“ Ne craignez-vous pas d’apparaître ainsi comme optimiste en vous plaçant continuellement au dessus de la mêlée ?

  3. Bonjour, je ne vois pas de signataire à cet article sur le MIPIM ; qui êtes-vous ? que proposez-vous ?
    Philippe Prinet, à Lille; ph-prinet@netcourrier.com ; ( il y a bp de belles choses sur internet, mais je n’aime pas l’anonymat)

  4. Damned … Je m’aperçois d’un coup que je ne connaissais pas le MIPIM … 1er choc ( je vais m’en remettre ) … Du coup, je m’aperçois que je n’ai pas été invité … et paf : 2ème choc ( je m’en suis déjà remis ) … J’ai des circonstances atténuantes, je ne vis pas sur la même planète ( et je ne suis pas le seul ). Je suis donc très mal placé pour en parler. Mais je pourrais vous parler d’un autre effet de l’indigence intellectuelle non pas provoquée par la surabondance d’architectes, mais plutôt par leur absence … J’habite la planète des pavillons et des lotissements, et il y a peu d’espace de liberté dans cet entrelas de médiocrités et de connivences.

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