Il faut plus d’architectes et moins d’architectes.


Dit comme cela, ça peut paraître bizarre, mais pourtant, c’est simple. Il faut plus d’architectes partout, mais moins d’architectes indépendants, moins de petites agences, où chacun bosse de son côté sans ressource, sans aide, sans imagination (il y a bien quelques petites agences innovantes, mais comme les start-ups, elles n’ont comme avenir que de s’étendre). On ne peut pas développer, inventer, que dis-je révolutionner notre exercice ou notre profession tout seul dans notre coin avec un stagiaire sur nos genoux. Comment voulez-vous faire face des entreprises du BTP, des maitres d’ouvrages publics ou privés, quand on fait un chiffre d’affaire qui correspond au prix de leur fourniture annuelle de ramettes de A4 ?

La solution est simple, mais pourtant très peu exploitée. Il faut donc tendre au regroupement, à allier nos forces, à faire de plus grandes agences, de plus grandes sociétés d’architecture (et pourquoi pas ouvrir notre capital). Malheureusement, quand on traine nos guêtres dans les soirées pseudo-mondaines d’architectes, on entend plus parler d’associés d’agences qui se sont séparés pour monter chacun de leur côté leur boite que l’inverse. Et pourtant, on le voit bien, mis à part quelques noms de starchitectes Nouvel, Piano, Portzi, Perrault… (vous remarquerez la moyenne d’âge de ces derniers), les nouvelles agences émergentes sont le fruit de regroupement ou d’association. Ces regroupements donnent de la force au groupe créé, permettent des économies d’échelles et un poids important face aux maitres d’ouvrages ou à l’entreprise qui joue de la fragilité dans laquelle se trouve la majorité des agences à ce jour – notamment la baisse des honoraires depuis une dizaine d’années. Pour se regrouper, il faut accepter de partager le pouvoir et il faut pour cela que les patrons d’agence n’hésitent plus à associer leurs salariés les plus méritants, leur donner la possibilité d’être aussi décisionnaires dans ces nouvelles structures, sinon deux phénomènes se produiront et se produisent déjà : d’une part la fuite de leurs meilleurs architectes vers la concurrence (dans d’autres agences ou en créateurs de sociétés) et d’autre part, la fermeture programmée de ces agences de «grands noms» à la mort de leur créateur. Ces deux phénomènes entraînent la multiplication des agences et la perte de savoir-faire.

Skidmore, Orwings and Merrill (SOM) existe depuis 1936 et continue d’exister même après la disparition des trois fondateurs. Que reste-t-il des agences de Mies Van der Rohe, Le Corbusier ou Louis Kahn ? Des archives, des fondations de protection des archives et des bâtiments. OMA restera-t-il à la mort de Rem Koolhass ? On ne sait pas, mais par son nom et son exercice, tout porte à croire que oui. Combien de belles agences françaises des années 70 n’ont pas survécu et donc combien d’écoles de pensées sont mortes ? L’architecture, c’est l’art de construire, mais aussi de transmettre. La petite agence unipersonnelle est morte, elle persiste à exister par volonté artisanale, incapacité à partager son mode de process de conception, mais aussi et surtout par égocentrisme des architectes. Cette profession se meurt de se regarder le nombril. Il faut se regrouper et s’armer. Croyez-vous vraiment qu’avec nos 2548 € sur le compte courant de l’agence, un vieil ordi, un local mal éclairé, on fait peur à qui que soit ? En revanche, une agence structurée, assise sur des fondations et une trésorerie solide aura les capacités de dire NON à un promoteur qui demandera une faisabilité gratuite ou payée une misère, ce que l’agence de deux ou trois personnes ne peut pas/plus se permettre. Un regroupement d’agences/association, c’est avoir le temps de se recentrer sur le projet et c’est aussi dégager du temps pour l’expérimentation, l’innovation et la réflexion, ce qui fait cruellement défaut dans l’architecture française de nos jours, parce que «y’a la compta de janvier qu’est pas encore faite».

J’entends déjà les critiques : «ouais, mais on ne veut pas être des grosses boites qui font du pognon et de la merde et tout ça ! Nous, on est de gauche, tu comprends, les grosse boites, bah on n’en veut pas». Très bien, cher camarade gauchiste, je te comprends. Mais dans ce cas, faites des SCOP – Société Coopérative et participative, d’ailleurs, le Code des marchés publics comporte un article qui peut permettre à une SCOP de bénéficier d’une préférence lors de l’attribution d’un marché public. Tu vois, camarade gauchiste, c’est gagnant-gagnant.

Bref, il faut donc moins d’architectes en nom et il faudra donc passer inexorablement par un numérus clausus dans les écoles. Cependant, les architectes ne sont pas que des «constructeurs», leur formation, leur savoir-faire, leur compréhension de nombreux enjeux permet d’accéder à de nombreux postes hors acte de bâtir (maîtrise d’ouvrage, pouvoirs publics, entreprises, élus…). Ces architectes doivent être considérés comme de vrais architectes, des agents dormants de la qualité architecturale au service de l’architecture. Le mépris de certains confrères pour ceux qui ne construisent pas doit cesser. Il n’y a pas de sous-architecte. La diversification des métiers de l’architecture n’est ni chance ni une malchance, c’est un fait, dont tous les architectes devraient être conscients et devraient se servir.

D’un côté, moins d’étudiants sortant diplômés et moins d’architectes en entreprise unipersonnelle et de l’autre plus de grandes structures regroupement d’architectes et des architectes partout ailleurs. Les diplômés ne doivent avoir ni peur ni de l’administration, ni de l’entreprise ni des pouvoirs publics. Les enjeux architecturaux sont en amont des projets architecturaux. C’est là que les décisions sont prises et c’est là que le poids d’architectes diplômés sera nécessaire. Il faudra, dans les années à venir, ne compter que sur la coopération des architectes en réseaux, en rhizome, en corps. Les attaques de toutes parts sur les murailles de la réglementation cèdent les unes après les autres (seuil, concours, professions réglementées…) et contrairement à ce que certains pensent, c’est une chance qui nous permettra pour redéfinir nous-mêmes nos modes d’exercices sans rien exclure, sans rien s’interdire. Cela comprendra nécessairement une redéfinition de nos codes et devoirs. L’entreprise TESLA n’a pas cherché à imiter les constructeurs de voitures pour créer la sienne, elle est repartie de zéro pour réinventer un modèle. A nous de réinventer notre modèle, les clients (publics ou privés) suivront, car ils n’auront pas le choix.

19 réflexions sur “Il faut plus d’architectes et moins d’architectes.

  1. Bonjour,

    J’ai quand même un peu de mal à comprendre qu’il faille nécessairement être gros pour être novateur. Je suis même convaincu du contraire.
    L’innovation nait très souvent avec des fortes contraintes. C’est justement lorsqu’il n’y a plus que 2500€ sur le compte dans un local mal éclairé qu’on se retrouve à faire différemment, …..

    Le numérus clausus s’est justement la protection réglementaire qui à mis les taxis à genoux.

    Le grand changement serait justement de se concentrer sur l’expérience client. L’écoute client d’un petite structure, la puissance d’une grosse agence, ….

    Le problème de l’Architecte n’est il pas de se définir par rapport aux Colisés, au Mucem, …. alors que le gros du travail est sur de l’habitation individuel, de l’atelier d’artisan, de la maison qui va durée 40 ans maximum, bref du menu frotin, souvent dénigré par l’Architecte qui veut laisser sa trace de l’histoire de l’humanité.

    Les gens n’aime pas les architectes parce-qu’ils sont vu comme une obligation au lieu d’un service. Cela n’a rien à voir avec la taille de l’agence.

    • Oui et Non!
      J’ai envie de te répondre. Non. On n’est pas obligé d’avoir une grosse structure pour innover. Et aussi envie de te dire oui. Ou,i car innover en architecture c’est l’accumulation d’expérience, hors souvent les innovations n’atteignent pas leurs maturités en temps à cause de la mort de l’architecte. la passation se fait très mal. Après il y a la question de la recherche dans les agences. Qui le fait?- sinon des grosses structures, souvent en un rapport de force défavorable. L’architecte est placé entant qu' »exécutant » des grands groupes. ( voir la maille que Riccioti applique dans les projets…)
      Les agences profitent-elles des recherches des ensa? Vous voyez, parfois les enseignants « pique des idées aux étudiants » … il y a des choses et des connexions à faire entre les écoles-agences-l’ordre et un territoire. (la formation, recherche qui se mue dans l’innovation, la pratique et l’exercice)

      Je ne pense pas que les gens n’aiment pas l’architecte, en effet ils n’y sont pas obligés à cause du seuil. Seuls les promoteurs veulent économiser l’architecte pour faire de la marge. Je pense que c’est un problème culturel, mais aussi de « compétitivité ». Les architectes ne sont pas compétitifs. Ni par rapport a un dessinateur indépendant, ni par rapport à un constructeur.

      Donnons le bistouri aux chirurgiens! Donnons la truelle aux architectes!

      • Il faut arrêter de se prendre pour des médecins. Ce qui justifie la réglementation des professions médicales, par ailleurs disfonctionnelle, c’est le danger couru par les patients. Ce danger est écarté dans la construction non par les architectes, qui ne calculent plus rien, mais par les bureaux d’étude. Combien de diplômés sont capables de garantir, chiffres à l’appui, que le bâtiment qu’ils dessinent ne va pas vous tomber dessus? Le chirurgien, lui, en est personellement responsable. C’est lui qui sait où couper.

  2. Bonjour,

    Mon point de vue est qu’il faut plus d’architectes un peu partout sur le territoire et pas seulement dans les grandes agglomérations et donc forcément des petites structures.

  3. Bonjour l’abeille

    Je me permets de réagir à ton article, fort intéressant et réaliste comme d’accoutumée.
    J’étais actuellement dans mon agence mal éclairée, devant mon vieil ordi, entrain de regarder le solde de mon compte (heureusement pour moi très légèrement supérieur à 2548 €…) et comme tu dis je ne fais peur à personne…(mais à qui devrais-je faire peur?)

    Tu as raison, dans mon cas l’accession à la commande publique n’a pu se faire que par la création d’un collectif d’architectes avec 2 autres agences.
    Sorte de coquille vide sans réalité juridique, ce collectif était juste une mise en commun de références architecturales et surtout la mise en commun de 3 chiffres d’affaires plus rassurant donc pour un Maitre d’Ouvrage public. En trois ans , nous avons été retenu plusieurs fois et gagné 2 projets.
    Malheureusement ce collectif a explosé en plein vol sous le feu des égos de chacun et parce que pour un architecte, il est très compliqué de partager un gâteau si difficilement acquis..

    Monter un collectif, crée une SCOP , oui très bien , encore faut-il trouver les personnes complémentaires, car si tout le monde se prend pour le créateur génial de l’agence et que personne ne veut mettre les mains dans le cambouis économique – technique ou du chantier ça ne marche pas..

    D’un autre côté, ne penses tu pas que si toutes les agences se dirigent vers ce modèle économique, lesquelles de celles-ci accepteront encore de travailler pour de simples particuliers sur des projets de maison, d’extension ou de rénovation lourde..c’est toute une part du cadre bâti qui échappera à l’architecture, sachant déjà que pour partie, cette production nous échappe déjà (seuil 170 m² et autres…)…difficile alors de se plaindre encore de voir toute cette pauvreté architecturale et ces lotissements de pavillonnaires se tartiner dans les villes…
    Je pense (ou alors j’essaie encore d’y croire) que l’on peut être une agence de taille normale, être créatif ou innovateur et trouver du plaisir dans son activité professionnelle sans pour autant rechercher le Saint Graal de ce métier comme un concours de 50 logements à Paris Intra muros qui procurera éventuellement une publication dans l’AMC. On peut également trouver du plaisir et un certain équilibre dans les projets de plus petites échelles, mois contraignant dans le suivi ou dans la gestion.

    La conjoncture actuelle raréfie les appels d’offre de marché public, ce qui fait que ces ‘grosses agences’ qui doivent faire tourner la machine vont répondre à des marchés qu’elles n’auraient même pas regardé il y a quelques années et dont on peut se demander si leur investissement sur ces projets serait du même ordre qu’une agence plus petite et si heureuse d’obtenir sa part du gâteau.(et qui pourrait par la suite obtenir de plus gros marché)
    Je suis en grande partie d’accord avec tes propos, mais il faut également de tout pour faire un monde.
    Petits projets pour petites agences / grands projets pour grande agence et philharmonique pour Jean Nouvel uniquement!!

    Pour finir je te soumets cette citation de F.Nietzsche (Le gai Savoir 1887)
    Ne reste pas sur terrain plat !
    Ne monte pas trop haut !
    Le monde est le plus beau,
    Vu à mi-hauteur.

    Fabrice Commerçon
    Ingénieur-Architecte

    • Dernièrement, on ma demandé si je souhaitais développer une agence et à quelle échelle. Je suis actuellement sans salarié, je fais mes projets seul, mais avec des partenaires (BET, etc), et je travaille OU JE VEUX. Cette liberté, fatalement, disparaîtrait si je devais monter une structure, seul ou à plusieurs. De même mon métier changerait en profondeur.
      Je deviendrais patron, entrepreneur, mais plus vraiment architecte.
      Est-ce cela dont j’ai envie ? Pas pour l’instant en tout cas.
      Je touche actuellement une clientèle qui est en-dessous du seuil de rentabilité de nombreuses agences (sans me brader pour autant), et j’apprécie le côté humain de ce travail.
      Pour ce qui est de la solidité financière, nous serions bien avisés d’aller déjà voir du côté de la MAF ou d’autres assureurs, qui proposent des solutions pour les pertes de revenus liées aux arrêts de travail, l’épargne, etc.
      Enfin, garder son indépendance tout en proposant des compétences élargies serait peut-être possible si nous avions un réseau un peu plus structuré entre architectes indépendants, pour pouvoir s’associer par projet en fonction de nos intérêts et de nos compétences.

  4. Moi je veux une phrase toute faite, claire et concise pour répondre aux béotiens en la matière qui me demandent « Mais pourquoi tu n’ouvres pas ton truc? » Autre que « Si tu avais un peu de connaissance sur l’architecture, son milieu, son champ juridique, ses assurances, l’accès à la commande et la conjoncture, tu ne me poserais même pas la question »… Car j’ai comme l’impression que ne pas avoir son agence aux yeux de ceux qui passent la commande (car oui, il faut des clients) est faire preuve de loose et d’ineptie autant pour soi, que vis à vis des confrères…Si même les architectes sont en crise identitaire professionnelle (à quoi je sers au fait en dessous de 170m² et contre Bouygues?) je crois que savoir si tu vas travailler avec des poteaux dans une agence de co-working pour espérer gagner un concours ou de t’engouffrer dans une usine à grand nom car l’autoentrepreneuriat a eu ta peau n’a pas vraiment d’importance. Si j’étais client, je prends un grand nom qui bâcle ses chantiers si j’ai les thunes et que je veux du prestige ou j’arnaque un petit qui brade ses services parce-qu’il en veux, c’est tout. Agence ou pas agence. Ou pire! j’embauche un de ces anciens amenageurs de maroufle qui a fait un MBA en marketing et qui se dit architecte parcequ’il embauche des signatures (et oui, l’ordre ne fait rien en vérité pour la signat de complaisance) Ou alors dès l’école tu previens les éléves que soit papa va te payer la structure, soit tu accedes au titre via tes notes et les autres vont à la gratte en série… Super la vie… Dire qu’il fut un temps ou les architectes pouvaient faire aussi agent immo, ça aurait arrondi les fins de mois avant de sauter par la fenêtre!! Et un numerus clausus d’agences et d’employés? Est-ce que je peux signer un permis à cinq architectes sans thunes avec cinq assureurs différents? #PrixdeRomeSortDeCePost #RegrouperLeProblèmeSansTraiterLeSystème

  5. Je suis d’accord sur le numérus clausus dans les écoles, qui sont actuellement de véritables usines à chômeurs. Je suis moi même ADE depuis bientôt 5ans, et j’aurai difficilement cumulé 2.5 ans d’expérience temps plein sur la période,ultra-mobile par nécessité, avec des salaires d’embauches toujours plus bas ( proposition au smic récente: je refuse ou je reste au chômage ?)
    Pour la taille des agences, je pense également qu’une agence de 5-6 personnes est forcément plus créative qu’une personne seule. De plus, pour ce qui est des seuils de rentabilité, puisque la mise en commun des moyens permet de baisser les coûts de fonctionnement, pourquoi ne serait-il pas possible de trouver une méthode pour pouvoir travailler à l’occasion sur des petits projets comme les archis seul(e)s ?
    Continuité des agences: nécessite effectivement un changement de mentalité, et la coopération au service d’un savoir faire commun plutôt que d’égos divergents. C’est pas gagné, mais ce sont ces agences là qui ont le plus de chances de survivre…

  6. Toute ma vie, j’ai été surpris car l’aveuglement des architectes sur eux-mêmes. Aveuglement conscient, ce qui n’est pas le moins étonnant. Quel est le problème majeur des architectes actuellement (à mon avis) : nous manquons de commandes et nous n’intervenons que dans le 1/3 de tout ce qui se construit. C’est à dire, en gros, pour les professionnels de l’immobilier (promoteurs) et pour les marchés publics. Ah les marchés publics ! à nous entendre, il n’y aurait QUE ça (pourtant, il y a longtemps que je les ai laissé tomber, plus de vingt ans… commandes très incertaines, dossiers très lourds, mal payés, rien pour séduire, si ce n’est rêver comme un gosse au chantier du siècle que 99% d’entre nous ne ferons jamais – et parmi les plus belles réalisations des « stars » de l’architecture, que reste t-il ? Falling-water de Wright, la villa Savoye du Corbusier, villa Das Canoas de Niemeyer,… jusqu’à La Rotonda de Palladio : les projets pour les Particuliers n’ont pas à rougir de la comparaison).
    Donc, 2/3 du « Bâtiment » nous échappent. Convenons que c’est un échec de la profession. Et pourtant, c’est bien l’architecte libéral qui propose la meilleure solution pour qui veut construire. Que dirait-on de médecins, par exemple, qui se lamenteraient sur des chiffres d’affaires étriqués, mais qui refuseraient de soigner autre chose que des grands brûlés ou des cancers généralisés ? On leur dirait : ouvrez les yeux, soignez les gens , sans préjugés, et vous verrez qu’il y a du boulot !
    J’aimerais que les architectes se réveillent et se retroussent les manches pour que nous soyons « les professionnels de la construction », que nous intervenions dans plus de 90% du « Bâtiment », et que nous (re)trouvions la place qui doit être la nôtre.
    Mais pour cela, il faut – juste un peu – se remettre en question, et ça, nous connaissant, c’est pas gagné…
    Tout ça pour dire (j’y arrive, ouf !) que les architectes travaillant en petite structure, voire seuls, ont toute leur place dans l’économie actuelle, ils peuvent apporter un service irremplaçable, et c’est pour ça qu’ils ne seront pas remplacés.

    • J’espère que tu as raison, Jean-François, car c’est pour cette clientèle des particulièrs, des petits promoteurs et des copropriétés que je travaille actuellement. Cela appelle beaucoup de contact humain, de patience et d’organisation, sans doute plus que dans des opérations plus classiques, fléchées, mais c’est un travail indispensable pour que nos villes s’assainissent et que nos paysages soient respectés.
      Entrer dans le quotidien des gens sans perdre notre sensibilité, c’est à mon sens un défi tout aussi important que de chercher de nouveaux marchés aujourd’hui trusté par les grands (et vieux) cabinets.

  7. Bonjour à toutes les consoeurs et à tous les confrères,
    Que de vérités dans cet article qui nous partage ou nous anime. Que de justesse aussi dans les points de vues et vos réactions qui attestent d’un vécu indéniable mais si juste. Indiscutablememnt, cela démontre que l’architecte n’a pas un profil type. D’ailleurs la profusion tant des modes d’exercices acceptés (par l’ordre), que les statuts et les (trop) nombreux régimes juridiques possibles démontrent qu’il existe une réelle diversité dans la pratique de notre métier. Il faut donc admettre que l’image de l’architecte, sans cesses chahuté, écorné et ultra concurencé n’est pas « Universelle » et si répandu que ça ! Dito qu’il y a pas un type ou un mode unique de représentation. Mais personnellement, le fait que l’architecte travaille seul, en Individuel, et naîvement j’aimerais dire surtout plus comme un individualiste, ou en (re)groupemement plus ou moins étendu, ne nous permet pas d’être présent partout. Car malgré des agences qui soient aussi « hétéroclites » en taille, en effectif, en C.A., en projets, en compétence, nous sommes de moins en moins reconnus et appréciés par les maitres d’ouvrages (commandes publics) qui profitent pleienement des lois constemment remaniés et qui ne cessent de malmener notre profession. Exemple : J’avais déposé ma candidature en MAPA à deux reprises auprès de la même mairie. La première pour la transformation de WC publics en un petit local d’infirmières au montant de travaux de 80 000,- HT et la seconde fois pour la mise aux normes d’un mini logement de fonction dans une école élémentaire pour un montant de travaux de 110 000,- HT. J’avais répondu car il n’y a pas de petits projets et je voulais démontrer que tous les archis ne rechigent pas à donner suite à ce genre de demandes ! Arrétons de croire au glamour vendu dans les Ecoles, qui entretient l’idée que tous les archis feront 200 000,- de CA dès la première année d’activités et qu’il ne signeront que pondrent des grand projets à la Herzog & De Meuron. Pour ma part et à deux reprises, l’élu m’avait répondu que bien que je fusse le moins disant chez les architectes (sans pour autant tomber dans les affres du dumping), je n’étais pas le mieux placé parmi tous les candidats. Parmi nous, c’était glissé un « maitre d’oeuvre » qui avait obtenu les 2 affaires gra^ce à un taux… ridicule et inférieur à 6%. Quelles frustrations n’ai-je ressenti. pour ne pas dire une petite colère avec l’idée sousjacente d’une possible magouille. Que dire de ces deux MAPA, si ce n’est une belle mascarade adminsitrative et la porte ouverte à n’importe quoi ! En marché public, j’ai eu la chance d’en décrocher 2 dès la première année de mon installation sans bénéficier de copinage d’élus. Je suis apolitique et pourtant dans ce métier vous devez choisir ou mourir ! Vos idéaux, votre morale, vous pouvez soit vous assoir dessus, soit repartir d’où vous venez acec sous le bras ! Je ne parle pas des paiements d’honoraires (quand ils ont lieux) qui tombent au-delà des 45 jours qu’autorise le Code MOP. Je reste courtois et stoîque lorsque le chargé d’opération d’une Com-Com ose vous dise que « les temps sont durs » et par conséquent, non sans une pointe de sadisme à peine dissimulé, qu’il fallait se placer en dessous de 6,80% pour avoir le projet de 1 000 0000,- euros Ht. Or, je me suis promis que je ne me braderais pas et que je descenderais pas sous les 7% d’honos. Qu’est-ce que je plains d’autres confrère qui ont osés proposer des 4% pour des marchés de moins de 400 000,- euros. Quelle misère ! Quel suicide programmé !

    Que dire des clients (particuliers) qui vous demandent sans aucune gêne de « jouer le jeu » en ne facturant pas certaines missions. Pourquoi ne pas offrir, le relevé, l’esquisse, l’étude de faisabilité, le diagnostic ou l’estim avant de démarrer le projet. Drôle de profession libérale que la nôtre. Ces clients ne s’offusqueraient certainememnt pas de régler la consultation d’un médecin généraliste (pourtant activité libérale) sans pour autant être sur d’être guéri. Ou encore, et iIs ne leur viendraient pas à l’idée de se rendre chez un avocat (pourtant activité libérale) et de le consulter gratuitement. Je suis même convaincu que la première question concernerait les honoraires à verser pour la seule heure du premier RDV. Or combien de (premiers) RDV, n’ai-je pas gracieusememnt toléré (en grinçant des dents) avant même d’avoir pu valider une phase esquisse… faute d’avoir suffisament de trésorerie pour les envoyer pêtre ! Fais-je ce métier pour être bénévole ?
    Voila la pratique à laquelle j’avais parfois conseti durant les premières 2 années et demi d’existance.

    Mais j’ai changé d’avis malgré mes finances qui ont commencé très fortement à se dégarder. J’ai renoncé à m’engager dans un embriglio monté par un promoteur. Il m’avait apaté avec un pseudo projet de conception de maisons standardisée innovante à produire en grande quantité et dont j’aurais la paternité couché sur un contrat en bon et du forme. C’est lorsqu’il m’a demandé de m’engager sur des montants d’honoraires fixées plusieurs années à l’avance que j’ai senti le danger. Pour un jeune qui démarre la carotte pouvait sembler alléchante mais pas pour moi. Je me refusais de perdre mon titre si durement acquis (après une prenante et fatiguante formation diplomante alors que j’avais arrété les études depuis déjà 10ans) juste pour commetre des signatures de complaisance. Car il s’agissait enore et toujours de la même chose. Pour moi, l’enjeu n’en vaut vraiment pas la chandelle.

    Je confirme que le parcours d’un architecte n’est pas un long fleuve tranquille. C’est pourquoi j’ai liquidé ma société qui n’avait que 3 ans d’existence. A présent, je m’interroge sur l’avenir de la profession car j’envisage de rebondir et reste persuadé que la profession d’architecte doit subsiter. Mais il faudra que nous remontions nos manches. Car de toutes les professions libérales, nous sommes les seuls à ne pas avoir battu le pavés… des Champs Elysée. Pourquoi tant de silence de notre part ? Syndiquons-nous, l’union fait la force.

    • Bonjour Steeve,

      Je trouve votre analyse très pertinente…Il faut refuser de « se brader » mais aussi savoir être à l’écoute du « marché ». Je vois dans votre commentaire que vous avez fait une formation diplomante, ce qui m’intéresse vivement. Je suis dessinateur-projeteur de formation et envisage le grand saut vers l’architecture de profession, malgré le pessimisme ambiant ! Pourrions -nous évoquer votre parcours lors d’échange d’e-mails ?

  8. Dans les messages, je lis des phrases qui me font réagir :
    « Les architectes ne sont pas compétitifs. Ni par rapport a un dessinateur indépendant, ni par rapport à un constructeur. » Bien sûr que si ! Il n’y a pas de sorcellerie qui ferait monter le prix du parpaing par magie parce qu’un architecte aurait une mission complète ; ça n’a rien à voir. Je prends le pari de faire chiffrer n’importe quel modèle de chez Phénix (par exemple, car c’est une enseigne connue) et à projets strictement égaux, on (architecte + artisans) sera moins cher. Ce n’est pas très difficile : on part avec 15 à 20% d’avance ! Soit 13-14% d’honoraires pour l’architecte, 30% pour le cmi (parfois plus). Ne nous laissons pas intoxiquer (surtout pas nous !) par la propagandes des cmi qui prétendent être moins chers, malgré leurs 30% de marge…
    « Les gens n’aime pas les architectes » Ah si, les gens préféreraient avoir une « maison d’architecte » plutôt qu’une « maison pas d’architecte ». J’en suis sûr. C’est plutôt nous qui ne savons pas bien répondre à leurs attentes et à leurs besoins (je ne parle pas de la qualité de notre travail). Mais ce n’est pas la même chose.

  9. Bonjour,

    Il me semble que le travail ne manque pas en architecture. Tu es architecte comme moi, quand tu marches en ville ou à la campagne, tu vois l’étendu de tous ce que nous pouvons faire ex : construire des logements, faire des surélévations, des extensions, détruire, réhabiliter ou rénover des bâtiments vétustes.

    Il ne manque pas d’homme et de femme pour travailler non?
    Il me semble qu’avec une exploitation raisonnée des matières premières, nous avons de quoi réaliser des ouvrages pour les siècles à venir non?
    Des idées pour embellir le cadre de vie du citadin, toi et moi nous en avons non?

    Mais qu’est ce qui nous fait défaut alors?

    C’est simple c’est l’ARGENT.

    Nous n’avons pas suffisamment d’argent pour réaliser nos projets collectifs. La monnaie est rare (pour certain catégorie de la population bien évidement), or elle est l’outil indispensable pour libérer les échanges entre individu.

    Réfléchissez, pourquoi sommes nous si divisés, nous les bâtisseurs? Car nous nous mettons en compétitions entre confrères de le but de nous accaparer individuellement les miettes que nous donne le système, uniquement pour vivre ou survivre. C’est ignoble, c’est petit, c’est misérable, nous avons tant de chose à faire ensemble et nous le savons, mais l’outil le plus important nous manque.

    Qui produit l’argent dont nous avons besoin pour faire société? Qui l’attribut de manière arbitraire? Pourquoi la monnaie est rare pour les architectes?

    Il me semble que le seul et unique sujet sur lequel tous les citoyens doivent se pencher c’est la création monétaire.

    Nous devons déterminer ensemble, entre citoyen la quantité de monnaie à mettre en circulation pour libérer la création des bâtiments et la créativité des bâtisseurs sans avoir peur du lendemain. Il me semble que c’est notre seul et unique combat car nous ne sommes pas des chiens!

    Quand la monnaie ne manque pas, avons nous les mêmes problèmes?

    Ne nous battons pas sur des conséquences, cherchons ensemble la cause des causes qui crée notre misère.

    C’est à nous de déterminer la quantité de monnaie pour travailler et vivre ensuite il est facile de créer un corps, une corporation, qui nous protège :

    – Un ordres des architectes, tiré au sort parmi tous les architectes professionnels, avec mandat court et non renouvelable. Il déminera le contrat social entre les architectes et les maîtres d’ouvrages (honoraires, assurances etc.). Il rendra des comptes aux citoyens.
    – Un conseil de sage élu parmi les architectes à la retraite, avec mandat court et non renouvelable. Il veillera aux décisions prise par l’ordre.
    – Un caisse allocation construction qui rémunérera directement les architectes plutot que de courir après le client.
    – Refonte des études d’architecture,
    – Partage du savoir entre bâtisseur,
    Etc.
    Etc.

    J’espère avoir été clair, je me trompe peut être.

    Merci et bon courage à tous.

  10. Il faut certes élargir mais aussi mieux répartir le champ d’activité de la profession
    Le seuil des 170m2 devrait être supprimé
    Les missions de conception sans suivi devraient être interdites
    Les concours devraient être ouverts, transparents, et obligatoires,
    etc..
    Mais aussi l’activité devrait être règlementée afin que la production ne soit pas concentrée entre les mains de 20% de la profession.
    La MAF comptabilisait en 2012 : 58,2 milliards d’€ de montant de travaux déclarés par la profession.
    Pour un revenu mensuel de 4000€, il faut environ un CA annuel de 200 0000€ par architecte, soit pour une mission complète hors BET, 2M€ de travaux, et pour 30 000 architectes : 30 000 000 000€ de travaux
    58,2 – 30 = 28
    Donc on peut dire que les travaux déclarés par la profession peuvent dégager un revenu de 8000€ par architecte.
    Pourquoi ne pas instaurer un cota d’activité de x € de travaux par architecte, entre 10 et 20M€ de travaux, par exemple, qui laisserait de la marge, mais obligerait à se regrouper pour les gros projets, et permettrait de garantir de l’activité à tous.
    Être seul est difficile, avoir des salariés risqué.
    Être fédérés?
    Utopique?

  11. bonjour confrère
    très bonne analyse avec un seul oubli , l’architecture aux architectes et à leur savoir , comme la médecine aux médecins et la coiffure aux coiffeurs . là nous seront alors forts car incontournables comme l’ont réaffirmé les notaires à qui on voulait rogner les ailes . quant aux confrères gauchos , socios et au smic ( ou smig ) ils pourront toujours travailler gratos mais au moins fiers de leur profession , de ce qu’elle représente et de ce qu’elle peut apporter .
    bien cordialement

  12. un petit mot pour prendre un peu de recul : les architectes sont divisés car le contexte juridique leur permet ce « luxe ». Le seuil, l’ordre, la loi MOP, etc. Tout ça protège les architectes.

    Prenez l’Angleterre : pas de lois, pas de seuil, pas de protection du titre. En théorie pas besoin d’architecte pour construire des milliers de mètre carré ou pour en obtenir le permis. Et pourtant les architectes se portent très bien, ils sont puissants, car ils sont obligés de s’unir. Le RIBA est le tout puissant « ordre » anglais, ils ont d’importants moyens, réalisent des campagnes de publicité pour promouvoir le métier qui ridiculiserait les initiatives de l’ordre français, ils font du lobbying, etc. Ils ne sont pas dépendants d’un ministère. Si bien que, du particulier au promoteur, personne ne remet an cause l’utilité d’un architecte.

    La (grande) taille moyenne des agences anglaises leur permet par ailleurs d’accéder bien plus facilement aux marchés internationaux, pour lesquels on existe pas tant qu’on a pas 140 collaborateurs minimum.

    Je suis entièrement d’accord avec cet article. L’idée comme quoi plus d’architectes ferait que comme par magie on investirait des champs sur lesquels nous sommes absent est un mythe absolu. Ce serait vrai si nos école formait des architectes entrepreneurs, avec des cours de gestion, voire de commerce. A l’heure actuelle c’est l’inverse, on forme des théoriciens, des jeunes rêveurs qui se rendent compte rapidement que le métier n’a rien à voir avec ce qu’on leur a appris.

    Ce sont donc bien des usines à chômeurs.

  13. Bonjour,

    Ton article est très objectif.

    Si parmi les lecteurs certains sont intéressés pour discuter la création d’un groupe de collaboration (architecte ou pluridisciplinaire) en vue d’association, merci de me contacter par mél : architecte [a] aditude . net

    Bonne journée

    César D.

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