Je suis Charlie Hebdo, je suis Xavier Gorce.


Le dimanche 1er février, les secrétaires de section du parti socialiste se réunissaient à la Mutualité sur un thème ambitieux : « Faire vivre la République ». A cette occasion, le PS avait invité le dessinateur de presse Xavier Gorce, connu pour ses Indégivrables , pour illustrer la journée de débat. Il a ainsi réalisé une dizaine de dessins, s’appuyant sur les discours à la tribune, en mêlant subtilement l’actualité nationale et les débats socialistes à travers ses petits pingouins. Si la plupart de ces dessins se moquait gentiment des socialistes, un dessin a fait l’objet d’une cabale lancée sur Twitter à l’encontre de Gorce.

A 11h08, le compte twitter du PS publie un dessin représentant 3 pingouins habillés d’une burqa dont l’un porte une pancarte où il est écrit : « Je suis pas Charlie ». Alerté par un autre compte twitter, celui d’Alkanz, dont la biographie nous dit qu’il est un portail d’information autour de la communauté musulmane, publie à 12h28 un tweet expliquant que le « PS est bien puant », suivi d’un retweet traitant le parti socialiste de « raciste ». Après une injonction identitaire appelant les musulmans vivant dans les quartiers à voter contre le PS, Alkanz a continué sa charge contre Xavier Gorce et contre le PS estimant cette fois que le dessin surfait sur « l’islamophobie ambiante », relayé quelques minutes plus tard par le journaliste Claude Askolovitch qui, en paraphrasant la célèbre phrase d’August Bebel «l’antisémitisme, c’est le socialisme des imbéciles», estime lui aussi que le dessin était islamophobe.

C’est à partir de ce moment que Xavier Gorce a dû expliquer son dessin, se justifier des accusations dont il faisait l’objet. Plus encore, au même moment, le député socialiste Alexis Bachelay lui reprochait « d’alimenter les amalgames » entre – on suppose – les musulmans et les intégristes. C’est donc très courageusement que le parti socialiste a décidé ne pas défendre celui qu’il avait invité, et de supprimer le tweet du dessin incriminé.

Si la critique de tel ou tel dessin est évidemment possible, souhaitable et valable, autant la disqualification et l’insulte cachée sous le voile de la critique n’est pas justifiable. En traitant Xavier Gorce ou le parti socialiste de raciste et/ou d’islamophobe, il ne s’agissait pas pour les auteurs de ces tweets de critiquer la pertinence ou la qualité du dessin, mais bel et bien de culpabiliser l’auteur et l’émetteur du dessin. Supposer qu’il existerait un amalgame entre l’extrémisme islamiste de celles qui portent la burqa et l’islam, c’est, comme le rappelle l’écrivain algérien Boualem Sansal dans une interview au Progrès : « une technique pour faire taire l’adversaire » car « les islamistes cherchent à culpabiliser ceux qui s’en prennent à l’islamisme en leur disant : vous êtes racistes, c’est l’islam que vous voulez critiquer. » Le dessin de Xavier Gorce, comme il l’explique, n’avait pour but que de dénoncer « les intégristes qui n’aiment pas la liberté de conscience. »

L’insulte publique permet donc de disqualifier l’adversaire, mais en plus elle est sournoise, car demain la meute qui s’est jetée sur Xavier Gorce continuera à surveiller chacun de ses dessins susceptible à leurs yeux d’être raciste ou d’islamophobe. Pire, l’insulte publique enjoint au dessinateur des Indégivrables à s’auto-censurer en faisant peser au-dessus de sa tête une épée de Damoclès. C’est exactement la même méthode d’intimidation qui a été faite à l’encontre des dessinateurs de Charlie Hebdo avec le résultat que l’on connaît tous. Si plus de quatre millions de personnes sont descendues dans la rue le 11 janvier, c’était avant tout pour défendre la liberté d’expression. La suppression du tweet du dessin par le parti socialiste constitue une lourde faute car c’est donner raison à tous les communautaristes. Depuis les attentats du 7 et du 9 janvier, règne en France et en Europe une réelle auto-censure du domaine de la culture « pour ne pas heurter la sensibilité du public, par mesure de sécurité ou pour éviter de raviver les tensions… ». Alors que les accommodements et les reculades sur la liberté d’expression et la laïcité se multiplient, les rares voix dénonçant le communautarisme des élus ne sont guère relayées. Après l’unité nationale et l’appel du chef de l’Etat et du Premier ministre à régénérer nos énergies républicaines, les courageux d’un jour se sont vite remis à trembloter et Marianne et la laïcité attendront encore.

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