De la légitimité du blog et de la critique en architecture.


Ce n’est pas pour me vanter, mais le blog est de plus en plus lu. Plus de 22000 visiteurs uniques par mois, plus de 60000 pages vues, 2500 followers sur Twitter, et presque 5500 fans sur la page Facebook. Cumulé depuis la création du blog, le nombre de pages vues est proche de 1,5 millions. Le blog est repris dans de nombreux articles que ce soit dans la presse spécialisée (Le Moniteur, la Tribune de l’art, journaux étudiants…) ou dans la presse généraliste (Le Monde, Libération, l’Obs…) et les demandes d’interviews affluent de plus en plus. Par ailleurs, les architectes souhaitant faire passer un message savent que le publier sur le blog leur apportera une plus grande audience. À ce beau panégyrique, il y a évidemment une face noire : les Haters.

Reconnaissons-le, la majorité des lecteurs de ce blog sont non seulement intelligents, mais en plus leurs réactions, commentaires, critiques participent au débat et à la qualité de celui-ci. Certains ne comprennent pas le second degré ou l’humour, mais passons sur ceux-là, ils sont la plupart du temps inoffensifs. Restent les haters, les haineux : ici, un qui tient un vieux blog, ou l’autre frustré de ne pas trouver du travail et qui me rejetterait presque la faute, ou encore celui-ci qui ne comprend pas que moi, simple architecte n’ayant rien fait, rien construit, ose se permettre de critiquer untel ou untel voire même d’oser participer au débat. Il y a aussi les frustrés, ceux qui tentent de leurs côtés d’écrire, mais qui ne sont pas lus. Tous ces gens, souvent les plus scrupuleux et les plus attentifs, décortiquent tout ce que j’écris, tout ce que je commente, tout ce que je dis pour espérer y déceler une faille ou une contradiction ou simplement pour m’attaquer sur le fond (ce qui est normal), mais parfois pour m’attaquer ad hominem, attaque le plus souvent vile et basse. La rançon de la gloire, me direz-vous ?

Peut-être parce que j’ose parler de ce que les architectes n’osaient plus parler et qui dérange ? Parce que je n’aurais pas fait mes preuves ? De la même manière que certains s’interrogeaient de la légitimité de LAN architecture à avoir remporté le projet du Grand Palais, d’autres s’interrogent sur ma légitimité à donner un avis, le mien. Un mal bien français, où il faudrait avoir fait pour pouvoir faire. Ma légitimité, je la tiens de mes lecteurs, mais aussi de mon travail de recherche qui n’a, à ce jour jamais, été attaqué. Le travail que je produis, à défaut d’être toujours d’une indéniable qualité, est sérieux quand cela mérite de l’être et irrévérencieux et léger à d’autres occasions. Si aujourd’hui je suis cité autant dans la presse ou dans les mémoires d’étudiants en architecture, c’est juste parce que j’ai rempli un vide. Un vide sidérant dans la critique architecturale française. Je ne suis ni plus talentueux ni plus doué qu’un autre, j’existe tout simplement. Que cela plaise ou non, c’est un fait. Je ne mérite ni éloge ni couronne. Il y a encore beaucoup de place à prendre tant le vide est grand. Alors chers haters, allez-y, créez votre site, blog et devenez celui que vous haïssez tant. Moi, je continuerai.

Par ailleurs, si mes écrits ne plaisent pas aux haineux, il y a d’autres architectes ou critiques d’architectures qui ont sûrement infiniment plus de talents et de verves que moi, ils écrivent dans Criticat, d’A, AMC, le Visiteur ou AA… Ils savent sûrement mieux décrire un bâtiment, mieux analyser sa place dans la ville, sa technicité, sa matérialité… Tant mieux pour eux et surtout tant mieux pour nous. La pluralité de la critique architecturale en France existe même si elle reste marginale. J’y ai une petite place à part, certainement du fait de ma seule existence virtuelle, mais aussi peut-être dans le ton, plus libre, plus jeune, plus actuel, plus proche de la nouvelle génération. Dans sa recension, « À quoi sert la critique architecturale ? », Estelle Thibault parle  » de Marcel Cornu, ancien collaborateur de la revue Urbanisme évoquant, en 1968, la nécessité de reconstruire les modalités de compréhension de l’architecture par le grand public, selon des critères désormais moins artistiques, plus sociaux et plus urbains. Il invite ainsi à refonder la critique sur des connaissances et méthodes renouvelées, capables d’apprécier à la fois les qualités intrinsèques du cadre bâti et ses rapports complexes avec « l’ensemble de la vie sociale ». » Et si finalement, dans une moindre mesure, c’est ce que le blog avait réussi à faire.

8 réflexions sur “De la légitimité du blog et de la critique en architecture.

  1. Avez-vous un lien (/source) sur l’interrogation de certain sur la légitimité de LAN architecture de remporter le projet du grand palais?
    Merci bien

  2. Ce texte est parfait. J’ai un blog que personne ou presque ne lit ; mais je m’en fous et je suis infiniment heureux que le tien est autant d’audience. L’abeille et l’architecte est devenu incontournable : intelligent, stylé, iconoclaste, drôle, engagé, etc,
    Si une pétition passe pour que tu accèdes au poste de Ministre de la Culture : je signe. La bise.

  3. « Même pas peur » pourrait être la devise de l’Abeille ! Et elle tape dans le 1000, forcément, dans un milieu assez atone où l’on dit peu à découvert, et où tout et tous sont triés, classés, rangés. L’Abeille est iconoclaste, traîne sa trompe partout, elle peut surprendre, piquer, aimer, détester, et surtout rire… Vraiment, trop subversive ! Gare à l’Abei, ei, ei, ei, ei, eilleu !!! Et nous, loin de s’en méfier, on en fait notre miel !

  4. Je ne vous aime pas toujours, mais au moins vous n’avez pas la fadeur de la presse architecturale : vous ne flattez pas systématiquement la profession qui constitue votre lectorat, et vos prises de position vous distinguent d’un propos universitaire trop analytique, et trop souvent dénué d’humour.

  5. Comme dit Jack, on vous lit car en dehors c’est le néant, la fadeur élevée au rang de sport de compétition. Je pense personnellement que les journalistes d’AMC et de d’A ont des générateurs d’articles, c’est à dire qu’ils insèrent des tags et qu’un logiciel fait le reste.

    L’architecture commentée dans ces revues n’a pas tant d’importance puisqu’elle se ressemble souvent : de nos jours on fait des bâtiments qui pourraient être construits à londres, mexico ou athènes indifféremment, il n’y a pas de raison que les articles qui en parlent ne se ressemblent pas.

    Ils ne risquent pas de se faire des ennemis, eux, vu le temps qu’ils passent à lécher les parties génitales des architectes qu’ils publient et à manger des petits fours avec les fournisseurs.

    Ce qui m’étonne c’est que vu l’ampleur que prend le blog vous ne songiez pas à former une équipe. Même pas en projet ?

  6. « Peut-être parce que j’ose parler de ce que les architectes n’osaient plus parler et qui dérange ? »
    Rhhhooooo ! de ce « DONT », pas de ce « que » !
    —–They see me rollin’—–

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