Quand les architectes parlent aux architectes ?


À initiative de l’architecte Mariette Colin-Moreau, déjà auteur de deux articles sur la profession (ici), des architectes (Daniel Bruggeman, Benjamin Van Den Bulcke, Anne Sassus, Christophe Maisonobe, Laurent Tournié, Claude Branger, Marc Laurens) et un étudiant en architecture Oscar Billerot Muñoz appellent dans une tribune au réveil de la profession dans le cadre du grand projet de loi « Création, patrimoine et architecture » proposé par la ministre de la Culture. Un appel au réveil salutaire qui méritait d’être relayé.

Les architectes se rassemblent rarement. Néanmoins, cette année 2014 a été marquée par l’organisation, à l’initiative (louable) de l’ordre des architectes, de deux événements ayant notamment pour objectif de « permettre aux architectes de s’inscrire dans une démarche collective ».

Les Journées Portes Ouvertes des agences d’architecture ont mobilisé 1100 agences en France ; 200 à 300 contributions ont été rédigées à l’occasion des Universités d’été de l’architecture dont la journée de clôture a rassemblé plus de 350 personnes… sur les 30 000 architectes inscrits à l’ordre.

La Ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin a annoncé lors de cette journée de clôture une « stratégie nationale pour l’architecture » poursuivant 3 objectifs prioritaires : sensibiliser, développer et innover. Pour définir cette stratégie, 3 groupes de travail seront constitués. Elle souhaite que leurs travaux aillent vite : leur restitution serait programmée pour le mois de janvier 2015, soit 2 mois après cette annonce.

Fleur Pellerin fonde son calendrier sur le travail de concertation et de réflexion d’ores et déjà réalisé dans le cadre des rapports Feltesse et Bloche. Observons que le rapport Bloche a fait l’objet d’une cinquantaine d’heures d’auditions et de tables rondes entre les mois de janvier et juin 2014 au cours desquelles 146 personnes se sont exprimées, soit environ 20 minutes par personne. Les dernières auditions ont eu lieu le 13 juin, le rapport a été présenté devant la commission des Affaires culturelles et de l’Education le 2 juillet, soit 19 jours calendaires après. Observons également que M. Vincent Feltesse, président de la concertation sur l’enseignement et la recherche en architecture, était également vice-président de la mission sur la création architecturale jusqu’en mai 2014, il n’a pas été remplacé.

En introduction de son message, Mme la Ministre a souligné « la nécessité de donner un second souffle à la Loi sur l’architecture », sans plus de précision. On ne peut que s’inquiéter d’une telle déclaration qui pourrait  sous-entendre une prochaine réforme de la Loi, fondement de l’exercice de notre profession.

Catherine Jacquot Présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes, lors de sa rencontre avec Fleur Pellerin le 06 octobre dernier indiquait à juste titre que « l’évolution des décrets de la loi MOP préparée par le ministère du logement inquiète au plus haut point quant à ses objectifs ». Elle a également « plaidé pour un renforcement de la formation initiale et continue des architectes » et évoqué notamment la nécessité de « mener à bien une réforme de l’enseignement initial ».

Les architectes sont préoccupés par leur avenir. La recrudescence des débats à ce sujet sur les réseaux sociaux en est un des indicateurs (la page facebook du blog l’Abeille et l’architecte a enregistré 3000 fans supplémentaires au cours des 6 derniers mois et plus de 26000 visiteurs ont lu le best-of du blog du mois d’août 2014).

Si l’anticipation d’une éventuelle réforme de la Loi sur l’architecture, de la Loi MOP et de l’enseignement de l’architecture par notre ordre professionnel est indispensable, nous pensons qu’elle doit impliquer l’ensemble des architectes. L’Observatoire de la profession 2014 fait apparaître que « le CNOA est jugé par les architectes comme ayant des lacunes en ce qui concerne la communication et la défense de la profession auprès des autres acteurs, et c’est justement ce rôle de représentant externe que les architectes aimeraient voir se développer, et sur lequel l’Ordre est le plus attendu. La première des attentes, énoncée par plus des deux tiers des architectes, est celle de défendre les intérêts de la profession (68%) ». Par ailleurs, notons que l’appel de Défense profession Architecte pour une Conférence Nationale de défense de l’architecture et des architectes comptabilise à ce jour 1 217 signatures.

Nous ne représentons aucun mouvement ou organisation syndicale. Nous sommes architectes et souffrons actuellement de l’absence d’informations et de sollicitations de la part de nos représentants sur le cadre de l’exercice de notre métier. Nous demandons à l’institution ordinale de concerter les architectes sur ces sujets qui les intéressent au plus haut point, pour :

  • Mobiliser massivement la profession ; les architectes doivent à nouveau « faire corps ».
  • Faire preuve d’innovation ; la gouvernance de l’ordre des architectes doit s’ouvrir.
  • Etre force de propositions ; les pouvoirs publics doivent nous écouter et nous entendre.

Cette concertation pourrait être initiée et organisée par le conseil national, en relation avec les 26 conseils régionaux, en partie sur le modèle des Université d’été :

  1. Mise en place de forums d’échanges régionaux sur des sites internet ;
  2. Tenue d’assemblées en régions : débats et vote des propositions, élection d’un rapporteur ;
  3. Débat et synthèse nationale ;

Pour préserver l’intérêt public de l’architecture, nous devons y travailler collectivement et y consacrer du temps.

Pour conclure, rafraîchissons-nous la mémoire avec Jean-Pierre EPRON  :

« Le gouvernent après avoir chargé M. Paira d’établir un rapport sur la réforme de la profession, présente en 1971 un projet de loi sur l’architecture, que la profession rejette catégoriquement.

Un nouveau projet est remis à l’étude, présenté en 1973 au Sénat, puis abandonné lui aussi sous la pression des organisations professionnelles. Un autre projet présenté en 1975 soulève à nouveau l’hostilité des architectes qui manifestent leurs désaccords dans la rue.

A la suite d’une concertation entre l’administration et le Conseil supérieur de l’Ordre des architectes et l’Union des Syndicats Français d’Architectes un nouveau projet aboutit à la loi sur l’architecture de 1977. »

Il est urgent que les architectes se rassemblent pour clarifier leurs positions afin de ne pas subir les probables réformes à venir. Un débat interne à la profession a été trop longtemps éludé : il est aujourd’hui devenu urgent et constitue le seul chemin viable à emprunter face aux attaques successives dont nous avons été l’objet ces dernières années.

 

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5 réflexions sur “Quand les architectes parlent aux architectes ?

  1. Je crois que la plupart d’entre nous sommes d’accord.
    Reste à faire des propositions concrètes. Alors, ici ou ailleurs peu importe, je me lance à chaud, n’hésitez pas à réagir.
    Je reprends les propositions faites plus haut :

    1. Mobiliser massivement la profession ; les architectes doivent à nouveau « faire corps ».

    -> Aujourd’hui, un des problèmes est simplement d’arriver à communiquer des informations aux architectes. La plupart ne lisent pas les emails d’information (moi non plus) de l’Ordre ou d’autres. La quantité de travail hebdomadaire pour arriver à s’en sortir et le temps à passer pour avoir assez de travail n’aide pas à consacrer du temps de « veille ».
    Je suis convaincu qu’il faut ouvrir un forum de discussion entre architectes, agréable à l’œil, avec pour objectif de réunir la majorité des architectes. Le moment de détente et de curiosité de la journée. Un peu comme l’Abeille, finalement, mais plutôt sous la forme d’un échange d’informations que d’une lecture.
    Est-ce que l’Ordre national pourrait le faire pour nous ?
    Peut-être, mais ce serait beaucoup plus compliqué que si l’un d’entre nous le faisait, car le contenu serait alors vite attaquable, les politiques leur tomberait dessus à tout va : ce n’est pas pour rien que le blog de cet été nécessitait validation préalable avant mise en ligne.
    Est-ce que ce forum devrait être ouvert ou fermé ?
    A mon avis, s’il était fermé, il n’y aurait plus de dumping en France en quelques mois, si vous voyez ce que je veux dire.
    Donc, JOD, ou quelqu’un d’autre, quand est-ce que vous nous ouvrez un grand forum de discussion ?
    (je sais, je sais, je pourrais le faire, mais j’organise déjà les JPO 2015 et je fais des pubs pour les architectes, si je continue, c’est le divorce…)

    2. Faire preuve d’innovation ; la gouvernance de l’ordre des architectes doit s’ouvrir.

    Pourquoi pas, mais pas n’importe comment, car la profession est fragile et ne se remettrait pas d’un raté. Imaginez si des architectes qui signent des permis à 500 € ou qui font du dumping à tout va, ou qui insultent des confrères, etc. se retrouvaient dans un Conseil de l’Ordre, voire majoritaires dans ce conseil. Pauvres architectes de cette région…
    Donc, pour rappel, la gouvernance de l’Ordre est déjà ouverte, tout le monde peut se présenter sans cooptation quelconque, et les candidats étant peu nombreux, les chances d’être élu sont vraiment grandes. Je sais, même moi j’ai réussi…
    Après, pourquoi ne pas tirer au sort un, deux ou trois architectes par conseil, pour commencer, et voir s’ils sont capables de s’investir autant. J’en doute, mais je suis d’accord pour soutenir cette piste.
    Je préfèrerais celle d’appeler à servir des confrères que les architectes respectent. Par un vote simple sur les réseaux, et si nous estimons, par exemple, que Francis Soler, Archi Studio ou Mariette CM doivent nous représenter, alors nous arriverons bien à les motiver.
    La question des indemnités des élus y est très liée. Si le rôle d’un conseiller était rémunéré à sa juste valeur, nous sortirions du bénévolat, les candidats seraient plus nombreux et les heures passées au service de la profession seraient plus fréquentes. Mais pour cela, il faut de l’argent, et il n’y en a pas tant qu’on pourrait le penser. Je le sais, j’ai épluché les comptes.

    3. Etre force de propositions ; les pouvoirs publics doivent nous écouter et nous entendre.

    Je serais bref, car ce sujet me paraît très très compliqué.
    A mon avis, nous n’y arriverons pas en continuant à aller les voir, mais en maitrisant l’opinion de la population, par la communication et la promotion. Une fois que les français respectent leurs architectes, les politiques agissent pour eux. En parallèle, si quelques architectes voulaient bien s’investir jeunes en politique, ce serait notre carte à jouer dans 10 ou 20 ans. C’est important de voir aussi à long terme.
    Nous avons aujourd’hui une formidable carte à jouer dans les années à venir, il s’agit de rattraper le marché de l’habitat privé, non pas sur les maisons où nous avons déjà perdu le marché, mais sur l’habitat participatif, des immeubles construits en contact direct avec les habitants. Des habitants qui vont donc découvrir le rôle de l’architecte et le respecter davantage. De même sur la réhabilitation, mais moins facile, car l’architecte n’est pas obligatoire actuellement.
    L’habitat participatif, nous pouvons soit en faire une force et un moteur pour notre profession, soit passer à côté et le garder marginal, pour une bande de bobos.
    Commençons par ne pas le mélanger avec l’habitat partagé, ce sera un bon point de départ.

    Au plaisir de vous lire, ici ou sur twitter : @lebahutier
    ou bientôt sur un forum entre architectes ? 😉

  2. Toute l’analyse et le constat sur l’état de la profession et sa pratique sont justes et je pense que la plupart des architectes s’y retrouve (y compris le rapport de Patrick Bloche).
    Je me réjouis de cet « appel au réveil de la profession ». Cependant, je ne comprends pas, ne vois pas clairement comment cet appel au « rassemblement » doit prendre forme.
    Je souhaitais y participer à mon niveau en postant sur ce blog un commentaire.
    Je suis très sensibles aux démarches (et réussites) inespérées des mouvements pour les libertés sur internet qui ont constitué un lobby citoyen important. Je pense qu’il faudrait s’inspirer de leur mode d’action pour ce « rassemblement ». En effet, faire sortir dans la rue des architectes avec banderoles dans la rue, je n’y crois pas une seconde, ou pas dans un premier temps.
    Les syndicats sont très peu influents (à voir la situation des salariés des agences et les jeunes architectes) et l’ordre, même en le relookant, est il en mesure, par sa structure et son histoire, de rassembler et de militer pour l’Architecture d’abord et l’exercice de la profession ensuite.
    Tant que le réseau internet est encore un peu libre, c’est sans doute le meilleur moyen de se rassembler. Déjà, les blog, les articles sur facebook sont très encourageants.
    Ne faut il pas fonder des associations prêtes à faire du lobbying d’architectes citoyens ?
    En effet, les architectes ont peu de pouvoir et en ont de moins en moins au profit d’une course à toujours PLUS (argent, profit) bref d’un capitalisme galopant. Les décisions et obligations politiques sont notre dernier ressort, le seul moyen de ne pas être tout simplement évincés, éradiqués.
    Plus précisément, j’imagine qu’il faut s’intéresser directement aux eurodéputés, à Bruxelles, dont personne ne parle jamais ou peu et qui ont pouvoir décisionnel majeur.
    Un rassemblement des architectes au delà des frontières françaises et donc de l’Europe est à envisager, d’autant qu’internet le permet.
    Et puis, contre quoi lutte t on exactement ? Comment expliquer aux noms professionnels la teneur de notre malaise ? Les architectes ne peuvent pas ne parler qu’aux architectes pour être entendus. Tous les citoyens subissent les effets collatéraux de notre destitution, de l’impossibilité d’exercer correctement notre œuvre quotidienne. Je rejoins Le bahutier en cela. Mais la publicité, à mon avis, ne suffit pas du tout quand on présente la facture des honoraires…
    Pour ma part, je rêve d’exercer mon métier, déjà, convenablement, de faire de l’Architecture, sans être constamment tirée vers le bas : principe d’instruction des permis, compétences des acteurs administratifs, niveau de bêtise des POS (et PLU), abus de pouvoir dans les décisions, l’écart entre le temps de maturation du projet et le temps du dépôt de permis, les collusions entre des maîtres d’œuvre et promoteur de lotissement, toutes les responsabilités et obligations qui pèsent sur les architectes et qui les empêchent d’être compétitifs, le dumping, la marchandisation de tout et n’importe quoi, le manque cruel de culture architecturale et artistique (après le 18e siècle ! ), les « bâtiments de France », le néo traditionnalisme, les exigences des banques lors de prêts immobiliers etc etc …
    je vais poursuivre mes réflexions, il y a de quoi faire, mais j’espère que mes questions pourront en amener d’autres et aider à avancer sur le sujet …
    Marie Bertrand, Architecte.

  3. J’apprécie la réaction de Marie Bertrand et je partage une partie de son désarroi, tant les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont vastes. Je voudrais rebondir sur une question qu’elle pose: « Et puis, contre quoi lutte-t-on exactement ? »
    Pour répondre à cette question, nous devons savoir quelles sont les valeurs de l’architecture que nous voulons défendre. Bien sûr, il en naitra sans doute plusieurs « écoles », tous ne seront pas d’accord (comme à l’époque des CIAM), mais nous gagnerons en lisibilité, en clarté de nos intentions, et donc en écoute de nos concitoyens…
    Nous sommes trop peu nombreux à nous exprimer sur des questions essentielles et tout à fait d’actualité:
    – les tours en ville, à Paris notamment;
    – les grands centres commerciaux à la périphérie, comme « Europacity »;
    – les destructions urbaines comme à La Samaritaine;
    – etc.
    Comme le disait Bernardo Secchi dans une conférence à la Cité de l’Architecture, suite à la projection de « Main basse sur la ville » (conférence à voir en vidéo, intégralement), il faut se méfier des architectes qui n’ont pas touché à la ville. Car, sauf à construire des maisons dans la nature (ce qui est en soi très intéressant, mais minoritaire), la question essentielle est d’abord de concevoir des quartiers, de la ville, avant de penser à l’architecture de chaque bâtiment.
    Bernardo Secchi définissait bien l’architecte comme un intellectuel, comme cela existe principalement en Italie. Car, comme pour la plupart, nous avons perdu la véritable maîtrise technique dans l’art de la construction, il nous reste à « penser la ville ».
    Pour ma part je me reconnais tout à fait dans les réflexions urbaines de Bernardo Secchi et Paola Vigano; ils parlent de la « ville poreuse », je pense aux formes urbaines basses et denses. Ces formes répondent aux attentes des habitants, ont une justification financière et écologique indéniable.
    Il me semble que les architectes doivent se prononcer sur ces questions, pour redevenir audibles. Sans anathème ou attaque personnelle contre ceux qui ne sont pas d’accord, nous ne pouvons nous grouper que sur des idées communes et exprimées.
    Aujourd’hui la promotion immobilière a fait main basse sur les choix urbains; j’en ai été témoin plusieurs fois et je l’ai raconté. Si nous ne réagissons pas à cela, notre profession n’a plus de raison d’être! L’État nous a formé à ces questions, aux frais du contribuable, et ensuite il confie les rênes à des personnes ignorantes de ces questions, parce qu’ils ont l’argent.
    Or, il est évident que les projets des promoteurs sont anti-économiques. Ils sont soi-disant moins chers à la construction, mais coutent très chers en entretien, réparations, coût social, écologique, etc. Leur coût global est immense, et ces projets sont conçus pour ne pas durer. C’est uniquement une logique de rotation de l’argent, voire de spéculation foncière…
    Voilà, à mon sens, les questions qui se posent aujourd’hui aux architectes.
    Luc Dupont, architecte

  4. Courage les architectes, serrez les fesses ! Avant de prendre position, j’ai personnellement besoin de m’informer et ça demande du temps… Dans la tourmente, les liens se délitent et la mémoire aussi … En plus des rapports FELTESSE et BLOCHE découvert via le site de l’abeille, j’ai trouvé un « Rapport d’information du Sénat » datant de novembre 2004, établi sous la direction de Mr Yves DAUGE, intitulé «Architecte, profession en péril » (consultable sur internet).

  5. Mission ABC : Architecte-Bougiste-Cordonnier ???

    Fuyons cette profession. A l’évidence, nous ne pourrons pas plus longtemps faire le bien contre le gré de chacun. Nous n’avons pas les moyens de contrecarrer la pression de nos maîtres d’ouvrages. Elle est économique. Nous n’avons pas les moyens de nous faire entendre des politiques et ces derniers n’ont pas plus de moyens ni de volonté de défendre ce que nous croyons incarner.

    Ce qui me paraît évident, à moyen terme (car tout s’accélère, vous allez voir), c’est la mort des indépendants, en épuisant les sociétés d’architecture par l’avènement des plus fortes et l’asservissement de ces dernières au capital. Avec ou sans cigare, l’architecte a toujours été et restera un « valet du capital » ou un faire-valoir politique.

    Ouvrez les yeux, nous n’avons pas les moyens de notre indépendance. Laissons la construction aux mains d’entrepreneurs véreux ou d’artisans oublieux. Laissons-les faire l’économie d’honoraires de l’homme de l’art seul assermenté contre tous. Laissons les tomber dans les griffes de ceux qui, certes expérimentés, n’en usent que trop bien les apparences sans en usurper l’identité pour ponctionner jusqu’aux entreprises et signer de mauvais projets qu’ils n’ont pas conçus.

    L’architecture emballe un acte politique. Même en pleine forêt. Surtout en pleine forêt… De l’Equipement, elle a failli passer à la sous-direction du patrimoine, on a réussit à la maintenir à celle de la Culture. Affublé de plumes artistiques, l’architecte a creusé sa tombe en même temps que l’écart vis-à-vis de l’ordinaire.

    Je suis passé par des structures de maîtrise d’ouvrage et j’ai compris, qu’il allait falloir rentrer dans des cases. Je suis passé par des services d’urbanisme et j’ai compris qu’il allait falloir me faire des amis bien placés, du début à la fin. Diplômé, j’ai exercé pendant une quinzaine d’année en libéral alors que mes jeunes confrères se dirigeaient vers les agences ou les concours. Les premiers galérant de CDD en CDD, au SMIC alors que diversement diplômés. Je crois qu’ils rament encore… Les seconds ont tenus quelques années avant de pouvoir enfin se regarder dans le miroir aux alouettes pour se faire plumer comme des bleus. Combien de leurs enfants-projets, pour lesquels ils avaient dessiné les yeux trop grands, ont-ils accepté d’aligner sur le trottoir, pour continuer leur course à l’échalote. Pour ma part, à bout de course, en fin de trésorerie (15 ans de libéral sans réseau ça essore pas mal), je me retourne pour me faire accueillir en hypothermie et … plus personne. Ceux qui ont intégré les structures multinationales stagnent… et dessinent des poignées de portes avec des thermographes en faisant attention de ne pas croiser les effluves. Ceux qui ont tenté l’aventure de la SARL n’ont aujourd’hui plus de commande.

    Non pas qu’ils ne soient déjà plus de ceux à la mode. Non pas qu’on les avait placés devant la vitrine avant qu’ils ne soient eux-mêmes remplacés par d’autres après le prochain cocktail. Non. Juste c’est mort pour les plus petits de chaque catégorie. Qui leur dira que la conjoncture est en fait structurelle. Disons que dans la galerie de l’évolution, j’ai rencontré son concepteur pour de la sous-traitance alors que je m’étais lancé indépendant en 2000 et des brouettes. Il m’avait dit « Je te donne 5 ans pour voir ce que tu deviens ». Il s’est planté uniquement sur ma ténacité. J’ai tenu 15 ans mais là, je lâche l’affaire.

    Et avant qu’il ne soit trop tard, que je ne devienne comme l’un de ceux rencontrés dans les salles d’attente de la Préfecture de Police, les uns avec du scotch (celui qui colle) pour tenir les branches de leurs lunettes, comme d’autres iraient pieds nus ou dans des sacs plastiques, les autres déchus du port du titre car ne pouvant plus payer leur prime d’assurance, les plus anciens enfin, gratifiés d’une retraite minable alors qu’ils ont conduit des vaisseaux de responsabilité et d’éthique, contre vents et marées, avant cela donc, je rends ma carte professionnelle.

    Inutiles, les offres d’emploi ne parlent que d’architectes-systèmes comme autant d’architectes-chirurgiens ou d’architectes-pizzaïolos.

    Ou alors, supprimons les maîtres d’œuvre – non architectes qui usent de notre déontologie comme d’un cheval de Troie en prenant garde à ne pas en usurper le titre. Intégrons-les dans les structures d’architecture, comme autant d’apporteurs d’affaires ou courtiers en chantier. Fastoche. Il n’y a pas de dentiste-boucher ni d’avocat-garagiste. Un peu d’ordre ? Ouais, c’est chaud niveau politique ou utopique. Plusse d’Architecte = plusse d’Ordre. Plus du tout d’architectes = un peu moins d’ordre.

    Plus fastoche : ouvrez l’inscription aux tableaux des régions de nos choix, indépendamment du lieu de résidence, car je vous assure que l’on peut être architecte à Reims et vouloir se développer en Picardie, contrairement à ce que les tableaux anticoncurrentiels (DGCCRF ?) diffusés et affichés en Mairies laissent penser à tous nos maîtres d’ouvrages élus ou particuliers.

    Un peu plus pêchu (niveau Candy Cruche supérieur) pour la génération flan anglais (molle et tremblante) dont je suis : obligez-nous à consigner auprès de l’Ordre tous les honoraires à percevoir. Notre institution sera chargée de nos règlements selon avancement, du recouvrement si besoin, de la conciliation comme c’est déjà le cas et, bien sûr, du taux de rémunération minimal ou des indemnités. Un peu comme les médecins, on peut lire partout. Et choutte Bruxelles pour transformer les points et déserrer l’étau. On pourra mutualiser l’amende… puisqu’on gagnera enfin notre vie. Architecte-corsaire, ça c’est frais.

    Comme rien de tout cela ne sera fait, avant qu’il ne soit trop tard, je rends ma carte professionnelle. Les maîtres d’œuvre non-architectes en seront verts, nous serons à pied d’égalité. Plus de boulet-monopole décrédibilisant et nous assimilant à des nantis privilégiés. Car d’ici à ce que je rencontre un fond d’investissement qui acceptera de me financer… autant fabriquer des bougies ou me lancer dans un autre métier d’avenir, cordonnier. Architecte- Bougiste-Cordonnier (mission ABC) Il paraît que l’on aura toujours besoin de chaussures et quant à la fée électricité, je n’y crois pas.

    Et puis quand tous auront fait comme moi, on pensera à adapter l’Ordre… à ma manière, Françoise. Car sans architecte, pas d’architecture. Sans architectes, pas d’ordre.

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