Archionline : une fausse bonne idée ?


Dans mon précédent billet, j’évoquais le cas du site Archionline, un site récent qui se propose de démocratiser les maisons d’architectes grâce une plateforme collaborative. Les architectes déposent leurs vieux plans et les clients potentiels les achètent à bas coût. Se voulant être les « Zara de l’architecture« , les deux jeunes créateurs du site, sortis tout droit d’une école de commerce et dont l’un est le fils d’un architecte, expliquent sans ironie que leur démarche s’inscrit dans la défense des malheureux architectes qui n’ont pas accès la commande privée de la maison individuelle. Retour et explication sur un projet controversé qui agite la toile depuis quelques jours.

Un storytelling presque bien rodé. 

Désormais, la communication classique n’a que peu d’effet, pour vendre un produit il faut raconter une histoire. Celle d’Archionline est bien rodée : Victor Thoulouze co-fondateur du site narre à qui veut l’entendre sa petite histoire. Fils de l’architecte François Thoulouze, il a grandit au milieu de dizaines de plan de maisons individuelles archivés par son père qui n’avaient servi qu’une seule fois voire pas du tout. Autant les réutiliser, s’est-il dit. L’architecture, ce n’est quand même pas de la haute couture. En prime, ce recyclage de projet permettrait de réduire les coûts pour les particuliers, augmenter la visibilité des architectes et leur faire gagner encore plus d’argent et réconcilier les particuliers et les architectes. C’est beau comme du Jacques Séguéla cette histoire mais nous allons voir par suite le vrai visage d’Archionline qui se cache derrière le maquillage des communicants.

Réduire les coûts vraiment ?

Dans la réponse qu’Archionline a communiquée à l’Abeille et l’architecte (blog, twitter, facebook…), ces derniers ne nous parlent évidemment pas de leur argument principal : le coût réduit de la prestation architecturale. Pire, pensant que j’étais naïf, ils ont supprimé dans la page « comment ça marche« , la soi-disant baisse d’environ 35% du coût du permis de construire. Manque de chance pour eux, Google n’a rien oublié (on le retrouve aussi dans le communiqué de presse en ligne). Et encore pire, j’ai pu trouver sur le site Batilogis, une publicité assurant que les réductions sur les permis de construire allaient jusqu’à 50% (on le retrouve aussi dans le communiqué de presse en pdf). On peut même lire le témoignage d’un certain Alain SABATINI qui, une fois a obtenu une réduction de 35% et une autre fois une réduction de 50% (un peu de sérieux dans le storytelling). Bref, une grande braderie assumée pour les particuliers mais bien cachée pour les architectes. Il faut rappeler que c’est l’architecte qui fixe son montant d’honoraires et non le site. Se prévaloir d’une réduction des honoraires, c’est inciter les architectes à faire du dumping pour casser les prix.

Les architectes séduits par l’idée ? 

Dans une interview donnée au Figaro, Victor Thoulouze se vante d’avoir plus de 1000 plans de maisons individuelles et plus de 120 architectes. Très bien, regardons le site maintenant. Sur l’onglet Trouvez un plan, il y a 10 plans d’architecte par pages et 36 pages donc 360 plans et non 1000. Regardons maintenant les architectes. Sur l’onglet Trouvez un architecte, il y a 10 architectes par pages et 12 pages donc environ 120 architectes. Là, ça colle avec l’interview mais regardons d’un peu plus près. Sur les quelques 360 plans que j’ai regardé un par un, il y a 40 plans signés par 15 architectes (de un à huit projets par architecte), deux plans sont sans architecte et les quelques 320 autres plans sont exclusivement réalisés par François Thoulouze, père du co-fondateur du site, directeur du comité en charge de la sélection des plans et accessoirement « architecte convaincu par Archionline » dans les communiqués de presse. Ce petit point soulève quelques questions :

  • Un particulier souhaitant avoir recours à Archionline aura plus de 88% de chance de tomber sur l’architecte, père du co-fondateur du site. Est-ce vraiment un choix ?
  • Le site se réclame de 120 architectes, nous avons pu voir que seulement 16 architectes y déposaient des plans. Qui sont-donc les 104 autres architectes présents en référence sur le site ?
  • Comment fait François Thoulouze pour avoir 320 plans de maisons individuelles archivés ? Que ces maisons soient construites ou non.

Des pratiques légales ?

A cette dernière question, un début de réponse a été apporté par les agences RH+, Hondelatte-Laporte, Mu architectes, Desaleux-Soares ou Elodie Debierre, élue au CROA Pays de la Loire… qui se sont retrouvées sur le site sans qu’aucune autorisation n’ait été donnée à Archionline. Étrange comme méthode, non ? Une des agences citées a même dû écrire au site pour demander le retrait de son nom sous peine de poursuite. Plusieurs de ces agences ne souhaitent en aucun cas jouer les faire-valoir de ce site qui plus est sans autorisation.

Mais ce n’est pas tout, en cherchant sur Internet, j’ai retrouvé ce document archionline-presentation où Archionline propose à de professionnels d’« augmenter en un clic et sans vous ruiner votre catalogue de plans de maison ». Le site Archionline vend-il les plans des architectes à des professionnels de la maison individuelle ? On trouve même dans cette brochure un argument imparable : « Vous pouvez recevoir les plans au format DWG pour adapter les plans à chaque terrain. » Moi qui croyais naïvement que l’architecte auteur restait le seul à pouvoir modifier ses propres plans…

Aussi toujours dans la réponse d’Archionline citée précédemment, il est indiqué que « Si l’architecte et le particulier n’arrivent pas à s’entendre alors nous mettons en relation le particulier avec un confrère qui pourra réaliser le projet en co-traitance avec l’architecte créateur du plan. » or encore une fois, la co-traitance n’est pas possible pour la phase du permis de construire. C’est même illégal.

Enfin, le code NAF (qui permet de codifier l’activité principale d’une société) du site Archionline est le 7111Z réservée aux activités d’architecture, c’est-à-dire le même que celui des agences d’architecture. A priori rien d’illégal mais cela entretient une confusion qui pourrait être préjudiciable aux architectes seuls professionnels ayant le droit de porter le titre.

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Des discours contradictoires, du storytelling bâclé, des architectes présents sur le site sans autorisation, un jeu dangereux avec le respect du droit d’auteur, des centaines d’architectes qui fondent au nombre de 15, des réponses à la limite de la légalité… Rien ne semble très grave pour Archionline qui jouit d’une petite renommée médiatique et dans le monde des start-up mais pour autant l’architecture et la construction restent des mondes sérieux où les responsabilités prévalent sur le marketing et la communication. Que des architectes se soient fait balader par un discours charmeur et compatissant, tant pis pour eux, rien ne les forçait à céder leur plan pour 10 ans (cf. contrat), mais que des particuliers téléchargent des plans à 200 € pour se rendre compte plus tard qu’il faudra qu’ils payent quand même les services d’un architecte, c’est renforcer la défiance que les particuliers ont avec l’architecte. C’est contraire à l’objet de ce site qui prétend renouer les liens entre les architectes et les particuliers et qui de fait, ne fera qu’augmenter le gouffre ce qui les sépare.

Que ce soit le travail développé par le magazine À Vivre qui permet à des particuliers de venir visiter des maisons ou des appartements réalisés par des architectes, les Journées Portes Ouvertes des architectes qui permettent à tous de rencontrer les architectes sur leur lieu de travail ou encore le site Architectes Pour Tous réalisé par le CROA Alsace qui facilite la vie aux particuliers, professionnels ou collectivité pour trouver un architecte correspond à leurs attentes et proches de chez eux, toutes ces initiatives rapprochent les architectes des particuliers. C’est ce travail qu’il faut poursuivre en France avec les associations, les maisons de l’architecture et les ordres régionaux et arrêter de croire aux sornettes de ceux qui enfoncent tous les jours un peu plus les architectes dans le marasme dans lequel ils sont depuis trop longtemps.

PS : J’ai évidemment toutes les copies d’écrans, pdf, fichiers de tout ce qui est raconté dans ce billet. Changer le site, modifier les textes ou les images, supprimer des plans, des architectes ou tout autre dissimulation ne changera rien.

30 réflexions sur “Archionline : une fausse bonne idée ?

  1. Cette entourloupe est sans doute pour Thoulouze père un moyen d’assurer ses vieux jours. C’est une manière assez pitoyable de tirer sa révérence, je trouve… Ceci étant dit je pense que nous pouvons tous avoir honte — d’avoir laissé des voyous (croire) faire notre métier à notre place.

    Ce qui m’a entraîné vers une autre réflexion: Il va sans dire que l’essor des technologies de l’information a été et est encore trop rapide pour notre administration. Dans la mesure où « architecte » est un titre protégé, ne serait-il pas logique d’étendre le champ de cette protection aux sites internet ? Pourquoi, par exemple, ne pas amender la loi de 1977 afin qu’elle soumette tout enregistrement d’un nom de domaine contenant « archi » ou « architecte » à l’approbation du CNOA ? Une telle mesure pourrait contribuer à nous protéger d’arnaques de ce genre.

      • Bien vu. Et dans un certain sens, oui.
        Permets-moi d’aller au bout de ma logique. Je ne suis pas exactement un spécialiste du domaine, mais il me semble qu’il ne serait possible d’intervenir que sur les noms de domaine des sites hébergés en France. Que je sache, si un site produit un contenu délictueux, c’est le droit du pays où se trouve le serveur qui s’applique. Il suffirait donc que l’escroc fasse héberger son site à l’étranger pour être tranquille.
        Il y aurait éventuellement un moyen de contourner cette limitation. Cela consisterait à créer au sein du CNOA un organe de veille qui enquêterait à l’échelle du web sur les sites de langue française. De tels dispositifs existent déjà, encore que dans un registre différent — je pense aux gendarmes qui s’occupent de la cybercriminalité, des réseaux pédocriminels etc. Je ne suis, encore une fois, pas un spécialiste, mais il me semble que le CNOA en tant que personne morale pourrait porter plainte, ne serait-ce que, par exemple, pour concurrence déloyale, usurpation de titre professionnel ou je ne sais quoi du même genre.
        Pour répondre plus précisément à ta question, c’est normalement au CNOA qu’incomberait la tâche de veiller à ce que personne d’autre que les architectes ne puisse porter ce titre. Et à défaut — lequel est d’ailleurs patent –, ce serait tout simplement à nous de nous en occuper. Par exemple en descendant dans la rue, ou en écrivant aux députés — étant entendu qu’ils feraient autre chose que toucher leur rente et sécher les réunions.

  2. Le CNOA est impuissant sur cette affaire, je vous rappelle camarades qu’il est seulement le bodyguard de la loi de 1977, celle qui interdit à l’architecte de faire des profits avec la construction, celle qui fait que l’architecte ne peut commercer ses conceptions. C’est aussi cette lois qui laisse le champs libre aux épiciers de la construction et de l’architecture comme Archionline. Les premiers couillonnés dans cette affaire, ce sont les clients du site qui vont se retrouver avec un plan qu’ils ne pourront pas adapter sans l’accord de l’architecte. Vous vous voyer faire l’implantation d’une maison qui est à 200 km de votre agence pour un terrain totalement différent de celui pour lequel elle a été dessinée. Il va falloir le payer le déplacement ! Il vend du rêve le con et s’exonère des responsabilités des constructeurs !

  3. Voilà un buisiness qui sait profiter de la cupidité ambiante !
    Je ne suis pas sûr que 9 M de terriens puissent habiter une villa de luxe et se déplacer dans une berline haute sur roues, même en mode « low cost »…
    Le contraire est même une certitude !
    L’enjeu de l’architecture et de l’urbanisme se situe donc ailleurs que dans l’exploitation commerciale des frustrations habilement entretenues par un marché toujours plus avide de profits immédiats.
    En tout cas, félicitations au site « l’Abeille et l’architecte », et merci pour son travail avisé de veille critique sur l’architecture et d’alerte pour les architectes.

  4. Sur les critiques concernant le site internet, le peu d’architectes présent avec le père sureprésenté (chapeau les 320 maisons c’est vrai, y’a du stagiaire qui a du mouliné), c’est typique du site lancé par des jeunes diplômés qui lancent leur projet entrepreneurial sortis d’écoles d’ingé ou de commerce. Ca enjolive un peu le site, on va pas leur en tenir rigueur pour autant…
    Concernant leur business en soi, c’est assez clairement stipulé dans les CGV et dans le contrat avec l’architecte, c’est une simple cession des droits de reproduction. Et heureusement, ca a du être bien ficelé par Michel Huet. Archionline ne peut que les mettre sur son site et en vendre une copie au client. Derrière, le client ne peut pas faire grand chose avec les plans à part les afficher dans son salon.
    Et c’est là où le bât blesse. Donc en gros, le client parcourt le site, découvre 1000 et 1 maisons du père Thoulouze, tombe sur la maison de ses rêves. il décide d’acheter les plans. Et là… il vient de claquer 200 euros pour rien. Il ne peut rien en faire de ses plans. Ce qu’il a obtenu en fait, c’est le numéro de téléphone de l’architecte. Qu’il pouvait avoir gratuitement, les coordonnées des architectes sont sur le site.
    Alors, le but affiché d’archionline c’est d’assurer la promotion de l’architecte, de lui assurer de la visibilité sur internet. Pourquoi pas après tout. Mais le problème, c’est le fait de vendre ce plan. Il ne sert à rien au particulier qui l’achète. Mais le pire dans tout ça, c’est l’image de l’architecture : on va choisir sa maison comme ça sur plan, comme chez un constructeur de maison individuelle. Alors que l’architecture, c’est un dialogue, une rencontre, une écoute… Et même de manière plus prosaïque, ca ne marche pas, on ne peut pas parachuter une maison comme ça sur n’importe quelle terrain, n’importe quel climat, n’importe quelle orientation… J’en passe sur l’image des architectes, à croire que c’est toujours trop cher avec eux, et qu’un site comme ça permet de gagner sur le coût du permis de construire. Il est là le déficit d’image qu’il faut combler par une meilleure éducation à l’architecture en France.
    Pour cette startup, on sent le projet né d’un TD de business plan en master entrepreneuriat, puis papa qui traînait dans le coin, développement forcé du projet qui devait certainement vouloir brader le coût du projet et du permis de construire délivré par architecte jusqu’à ce que Michel Huet les arrête en route, pour aboutir à ce site où on vent un plan inutile. Après, on s’étonne que 95% des startups passent à la trappe…

    • exactement ce que je disais en gros c’est un annuaire payant pour particuliers…et il faut faire une école de commerce pour en arriver là o_O ???

  5. Au passage les dirigeants d archi online ont aussi monte une société de travaux http://www.neoconceptdesign.fr/ aucunement qualifie et usant de fausses photos sur leur site , donc avis aux particuliers ne pas en plus de se faire berner par archionline se faire berner par la société de travaux qui est à deux doigts de déposer le bilan

  6. A quoi bon publier un article de ce type si on ne laisse pas à Archionline la possibilité de répondre ? Beaucoup d’informations ici ont été mal interprétées, et les créateurs du site pourraient apporter leur point de vue. L’abeille et l’architecte aura-t-il le courage de publier ici la réponse d’Archionline ?

  7. A quoi bon publier un article de ce type si on ne laisse pas à Archionline la possibilité de répondre ? Beaucoup d’informations ici ont été mal interprétées, et les créateurs du site pourraient apporter leur point de vue. L’abeille et l’architecte aura-t-il le courage de publier ici la réponse d’Archionline ?

  8. C’est de la jalousie pure et simple ! Voilà 2 jeunes qui créent une entreprise et au lieu de les encourager
    et leurs donner des conseils , vous passez votre temps à les injurier. Pensez plutôt à créer une entreprise comme la leur et le sérieux fera la différence avec le temps ! Pour l’instant, les jeunes gens, avancer car le chien aboie la caravane passe !

  9. Bonjour,

    Pourquoi le CNOA n’est-il pas présent au salon de la maison individuelle pour promouvoir les archi?Archi_online est présent lui ainsi que les courtiers de travaux??
    Il faut que le CNOA mouille sa chemise et fasse du lobying
    question de survie

  10. avec le reportage de télématin (diffusion archionline dans la rubrique « bon coût » du télématin du 29 mai 2015) de ce matin ils n’ont pas fini de progresser …

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