Les fausses déclarations d’Amina et de Lola : quelles leçons en tirer ?


En 2004, une jeune femme Marie-Léonie Leblanc déclare à la police avoir été victime d’une agression à caractère antisémite dans le RER B. Son témoignage provoquera en France une vague d’indignation et aura une large couverture médiatique. Trois jours plus tard, elle reconnaîtra avoir tout inventé. Dix ans plus tard, rebelote. Le 27 juin dernier, Lola une jeune femme déclare à la police avoir été violée par deux « arabes » en plein jour à Perpignan. Le 06 juillet, l’ex-Femen Amina déclare quant à elle avoir été « tondue » place Clichy par des fondamentalistes musulmans. Toutes deux ont depuis avoué avoir menti. L’une sera poursuivie (Amina) pour dénonciation calomnieuse, l’autre pas.

L’escalade médiatique.

Dans les deux agressions supposées de Lola et d’Amina, les médias ont joué un rôle déterminant dans la surenchère voyeuriste. Le soir même de la publication du statut Facebook (depuis effacé) d’Amina racontant le calvaire qu’elle aurait subi, une journaliste du Nouvel Obs, Sara Daniel, publie sur son blog un article intitulé « Amina tondue en place publique » (tout de suite partagé par Caroline Fourest). Malgré l’utilisation du conditionnel, l’article est à charge contre les agresseurs fondamentalistes et cela sans jamais se demander si Amina dit vrai ou non. A Perpignan, autre histoire mais même méthode : la victime supposée, une jeune femme prénommée Lola se présente à la police le 27 juin, affirme avoir été violée puis dans un second temps lance un appel à témoin pour retrouver des témoins et va même jusqu’à organiser une marche blanche pour elle et toutes les victimes de viol. Dans les deux cas, les soi-disant victimes organisent le tapage médiatique et la presse suit sans chercher la vérité. Or, si l’on prend la définition du journalisme sur Wikipédia, celle-ci est décrite comme « l’activité qui consiste à recueillir, vérifier ou commenter des faits pour les porter à l’attention du public dans les médias », nous pouvons voir que le travail de vérification a quelque peu été bâclé.

Les agresseurs forcément arabes ou musulmans.

L’autre point en commun de ses prétendues agressions réside dans l’origine supposée des agresseurs. Dans les deux cas, il s’agit de jeunes hommes d’origine maghrébine. Pour Lola, ces deux violeurs seraient deux hommes « de 25 à 30 ans aux cheveux bruns », l’un portant « un jogging rouge » et l’autre « un jogging blanc » de type nord-africain. Des origines tout de suite utilisée par l’extrême-droite qui avait soutenu Lola.

Le cas d’Amina est différent. Ayant fait l’un de ses combats la lutte contre le fondamentalisme musulman, elle avait déclaré que ces agresseurs étaient cinq fondamentalistes dont deux seraient d’origine tunisienne. Une « accroche » médiatique crédible qui allait fonctionner comme nous avons vu ci-dessus. Dans les deux cas, l’arabe ou le musulman est le coupable parfait.

Mortifère pour les femmes.

Ces dénonciations calomnieuses sont graves pour les femmes. Entre celles qui se font agresser sexuellement et qui n’osent plus aller porter plainte de peur de ne pas être prises au sérieux et celle qui se font véritablement agresser par des fondamentalistes (de toutes religions – là-dessus, ils sont tous d’accord), c’est la cause des femmes qui prend un coup à chaque fois qu’il se produit de tels événements. Après l’affaire du RER B, aucune leçon n’avait été tirée de l’emballement médiatique d’un tel fait divers, dix ans après la situation ne s’est pas améliorée, elle s’est même dégradée. Les réseaux sociaux (Facebook, twitter) et les plateformes collaboratives privilégient la rapidité de l’information à la vérité de l’information. Où est l’investigation ? Où est le recul nécessaire à tout bon journaliste ? Ces deux faits divers ne sont pas à prendre à la légère car ils nous disent beaucoup plus sur l’état de la société et des médias que ce que l’on pourrait croire à travers une lecture rapide.

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Une réflexion sur “Les fausses déclarations d’Amina et de Lola : quelles leçons en tirer ?

  1. On m’a violée mon œuvre, défoncée ma culture, sous le regard de tous sans qu’un seul ne s’oppose, élève le moindre son. Je vis dans le mépris, dans l’ombre, dans la misère. Je les entends murmurer dans mon dos: Mon Dieu! Quelle honte ! Un Moderne !!!!!

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