Confluence : Odile Decq dit-elle toute la vérité ?


Après un long travail d’enquête, je publiais en mars dernier un billet durement intitulé  » Faut-il pendre Odile Decq ? «  Ce papier parlait notamment de l’école d’architecture Confluence qu’elle souhaitait créer à Lyon. Après m’être entretenu avec les services instructeurs de la ville de Lyon, avec certains responsables de la société du Grand Lyon, avec la SPL (aménageur de La Confluence) et avec la sous-direction de l’enseignement d’architecture au ministère de la Culture, je pensais aux dires de mes interlocuteurs que cette école n’était qu’une ébauche et qu’Odile Decq ne faisait cela que pour faire parler d’elle. L’ensemble des événements intervenus par la suite laisse à penser que beaucoup n’ont pas dit toute la vérité.

Tout d’abord, le projet d’Odile Decq, qui paraissait douteux, se dotait d’un site internet crédible : http://www.confluence.eu/, les inscriptions devenaient possibles et le « programme » pédagogique s’étoffait de quelques phrases formatées à la novlangue architecturale dont elle seule est capable. Puis, fin mars, c’était au tour de l’Union Internationale des Architectes de venir mettre son grain de sel dans un projet qui ne la concerne pas mais qui permettait néanmoins à Odile Decq de jouir d’une reconnaissance internationale. Enfin, début avril, je recevais sur ma boite mail la photographie du panneau de permis de construire  dont pourtant aucun instructeur, à Lyon, n’avait soi-disant entendu parler. On m’aurait menti ou tout du moins caché la vérité. Mais pourquoi et dans quel intérêt ? Le mystère est total.

Cependant, même si le projet avançait – rien n’interdit à Odile Decq de créer une école privée-, nous n’avions aucun retour du ministère quant à la reconnaissance du diplôme en licence, master, post-master et surtout la reconnaissance d’un diplôme permettant l’exercice du métier d’architecte et donc, le port du titre. Malgré mon insistance et celle de Patrick Colombier du Syndicat de l’Architecture, le ministère restait muet. Quant à l’Ordre des architectes, il préférait se taire et surtout ne rien objecter. Odile Decq estimait toujours que les discussions avec le ministère étaient d’actualité. Elle faisait d’ailleurs savoir ce 10 juin que diplômes reconnus ou pas, l’école ouvrirait en octobre avec, dit-elle, une petite  quarantaine d’étudiants pour cette première rentrée.

Mais voilà, le ministère s’est réveillé. Dans un courrier reçu (Réponse Ecole Lyon) le 4 juin par Patrick Colombier, Vincent Berjot, directeur général des patrimoines au ministère de la Culture est beaucoup plus clair que ce prétend Odile Decq. S’il reconnait, qu’au terme de la loi,  » l’enseignement supérieur est libre » et que l’on peut proposer  » des prestations de formation dans le domaine de l’architecture, même sous le nom de diplôme « , il stipule que seuls les établissements relevant du service public de enseignement supérieure ont le droit de délivrer des diplômes nationaux. Si des établissements privés, telle que l’école d’Odile Decq, souhaitent faire reconnaître leurs diplômes, cela ne peut n’être envisagé «  qu’au terme d’un long cheminement permettant d’évaluer l’apport de cet établissement, la qualité de ses prestations, sa capacité à répondre aux exigences indissociables du droit de délivrer des diplômes donnant l’accès à une profession réglementée ». Bref, ce n’est pas gagné pour que l’école de Decq forme des architectes.

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En conclusion, des murs et des ateliers, un pseudo-programme, un « advisory board » (conseil des sages) rempli de starchitectes, et une communication à toute épreuve font peut-être une école d’architecture branchée mais certainement pas une Ecole Nationale Supérieure d’Architecture délivrant des diplômes, de la licence au HMONP en passant par le Master. Titre de Master qu’Odile Decq a du supprimer de son programme car, comme le rappelle toujours Vincent Berjot dans son courrier, même le simple usage du terme  » Master «  est réservé aux seuls établissements autorisés par l’Etat. Ce sont ces diplômes intermédiaires qui permettront aux étudiants d’établir des passerelles avec les autres écoles d’architecture en Europe et dans le Monde. Sans cela sera plus difficile, mais ça, c’est encore un point qu’Odile Decq a du oublier d’expliquer dans la plaquette promotionnelle de son école qu’elle faisait distribuer à grand tirage à la Biennale de Venise, ce week-end.

3 réflexions sur “Confluence : Odile Decq dit-elle toute la vérité ?

  1. ce qui reste surprenant c’est qu’une école de dentiste privé qui s’installe dans le sud de la France soulève un bel émoi journalistique national mais quand une architecte fan d’Indochine fait la même chose rien ne se passe… c’est bizarre non ?

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