Citation du dimanche – 77


Régis Debray (1940-vivant) est un écrivain et universitaire français.

« Aujourd’hui, il n’y a plus de limites », entend-on tous les matins au comptoir, dans les zincs où se réfugie à Paris la meilleure philosophie. […] Plus de limites, en effet, à l’escalade des rémunérations et des prébendes, aux fanfreluches des Madame Sang-Gêne et aux désinvoltures de présidents sans façon. L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès, mais d’un déficit de frontières. Il n’y a plus de limites à parce qu’il n’y a plus de limites entre. Les affaires publiques et les intérêts privés. Entre la banque et le casino. Entre l’info et la pub. Entre l’État et les lobbies. Le vestiaire et la pelouse. La chambre et le bureau de chef de l’État. Et ainsi de suite. Conflits d’intérêts et liaisons dangereuses résultent d’une confusion des sphères. Le principe de laïcité portait un nom : la séparation. La loi au forum ; le privé à la maison. Il fut entamé en 1968 dans l’euphorie d’un sympathique charivari. Il sombre à présent dans un affairisme et un exhibitionnisme brouillon.

Extrait de Éloge des frontières.

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