Citation du dimanche – 76


Coralie Delaume (vivante) est blogueuse et auteur du très bon « Les états désunis »

 » Voilà donc ce que cache la crise « des dettes souveraines ». Non l’impécuniosité supposée de pays indolents, ces PIIGS qu’on nous invite à mépriser et à tancer, mais un processus de démantèlement méthodique des Etats, garanti par les traités européens et réalisé au nom de l’euro. On peut même s’amuser à traduire cela en vocabulaire marxiste, et à observer combien la crise a une stratégie de classe. Car, comme le dit souvent l’anthropologue Emmanuel Todd, « la dette, c’est avant tout l’argent des riches ». Lesquels riches entendent bien continuer aussi longtemps que possible à se payer à la fois sur les Etats et sur les moins riches. Au détricotage des structures étatiques, il convient donc d’ajouter ceci au débit de l’Union monétaire : elle a accompagné un important transfert de la plus-value du travail vers le capital. Pour trois raisons principales :

  • Dans un premier temps, en mettant en place la libre circulation des capitaux et en choisissant les marchés pour uniques banquiers des Etats, on a introduit une importante distorsion de concurrence entre l’un et l’autre. Le capital est mobile, rapide, et peut menacer d’aller s’investir ailleurs si les conditions européennes lui déplaisent. Le travail, lui, ne peut menacer de rien du tout. Il est sédentaire ou presque, dans un espace géographique non homogène où tout concourt à le maintenir tel, jusqu’à la diversité des langues parlées.
  • Deuxième raison : en imposant une monnaie « stable » on s’interdit toute recherche de correction des écarts de compétitivité par la dévaluation. La politique monétaire est désormais exclue du panel des outils de politique économique disponibles.
  • Pour finir, l’extrême rigueur budgétaire imposée aux pays déficitaires pour « assainir leurs finances publiques » rend inutilisable l’arme de la dépense publique. La politique budgétaire, à son tour, cesse d’être un recours possible.

Dans ces conditions, il est logique que la seule variable d’ajustement qui demeure, le seul outil de politique économique sur lequel on puisse agir, devienne le coût du travail. Un coût du travail abaissé sans fin dans l’espoir de pouvoir payer les dettes, de rembourser « l’argent des riches », bref, de rémunérer le capital.  » 

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