De la marchandisation des études d’architecture.


Alors que la profession est au plus mal, jamais autant d’élèves post-bac n’ont souhaité s’inscrire dans les écoles d’architecture. Ainsi, le nombre de diplômés ne cesse d’augmenter et avec cela la précarisation de la profession, elle aussi, ne cesse de croître. C’est tout le paradoxe des études et du métier d’architecte depuis une quinzaine d’années (voir le rapport d’Olivier Chadoin et Thérèse Evette sur les statistiques de la profession architecte 1998-2007). L’accès aux études s’est complexifié et tend de plus en plus à la reproduction sociale et à la disparation totale d’enfants de classes populaires dans les écoles. Cette situation tendue a ouvert les appétits des petits marchands d’espoir. Passons les en revue.

Il existe deux types de marchandisation des études d’architecture :

Les prépa-archi : 

Tout a commencé il y a 2 ans avec le magazine A Vivre qui a lancé la première prépa-archi. Depuis, d’autres se sont engouffrés dans la brèche et on ne compte plus aujourd’hui le nombre de prépa-archi (Imad, Prépart…). Nous avions, dans un texte précédemment cité, condamné ces stages intensifs -pompe à fric (minimum 750 € la semaine) – dont les enfants de milieux défavorisés sont exclus. L’an dernier, c’est le site-blog-forum aROOTS qui s’est lancé dans l’aventure par la création de l’aROOTS SCHOOL. Le créateur Alain Douangmanivanh (architecte DPLG et récemment inscrit à l’Ordre) a décidé d’appliquer ses méthodes de coaching en séduction (ici) aux études d’architecture pour la modique somme de 599 € à 4990 € (oui, oui, vous avez bien lu et c’est visible ). Je vous laisse juge mais si vous voulez vous marrer, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil. Dans certaines écoles d’architecture, le taux de réussite d’admission ne dépasse 10 % ; ces prépas offrent pour certaines plus de 80% de réussite, nous disent-elles. Il y a de quoi intéresser nombres de jeunes bacheliers et de parents.

Les écoles privées : 

Il existe à ce jour une seule école privée payante d’architecture, c’est l’ESA. Celle-ci existe depuis plus d’un siècle et sa légitimité n’a jamais été remise en cause. Cependant, depuis plusieurs années, les coûts de scolarité (env. 8000 € par an) ont augmenté sans qu’aucune raison valable ne le justifie. D’autre part, deux autres écoles devraient ouvrir à l’automne 2014 : la première dont j’ai largement parlé ici est la Confluence School of Architecture d’Odile Decq qui ne délivre pas de diplôme permettant l’exercice du métier d’architecte  mais qui vous ponctionnera de 64000 € les 5 années d’études et de 200 € de frais de dossier d’admission (même si vous n’êtes pas admis). L’autre école est plus fourbe, c’est l’université portugaise Fernando Pessoa à Béziers qui joue sur la législation européenne pour créer une école d’architecture (mais aussi de pharmacie, dentaire, orthophonie…) privée et payante – environ 9000 € par an – avec la délivrance d’un diplôme d’architecture portugais valable pour exercer en France… Subtile, non ? Ces écoles privées où l’inscription varie de 8000 à 12000 € par an seront toujours la solution la plus facile pour s’inscrire sans avoir à subir des examens d’admission plus mauvais et vicieux les uns que les autres. Un petit chèque de maman ou de papa suffira et ce ne sont pas les quelques bourses qui permettront aux enfants des classes populaires de garnir les bancs de ces écoles pour riches.

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Comme le disait un célèbre blogueur d’architecture : « En démocratie la liberté d’entreprendre est un droit ! une autre est de laisser les idiots de votre genre @AbeilleArchi blablater ! ». Il a raison : rien ne pourra empêcher ces écoles, ces magazines, ces webmasters de surfer sur les craintes de parents inquiets de l’avenir de leurs enfants et d’en tirer un profit maximum. Mais, je répondrais qu’en République, on essayera plutôt de faire en sorte que chaque élève (quelque soit ses origines sociales, économiques, géographiques, ethniques…) – puisse faire les études de son choix sans que celles-ci soient contraintes par des considérations financières et/ou matérielles. C’est pour cela, qu’à la vue des ces dérives mercantiles, il est grand temps que le ministère de la Culture et de la Communication de Madame Filippetti relève un peu sa tête et ses manches et se mette sérieusement à travailler sur l’enseignement de l’architecture et sur ses modalités d’accès. Sauf, si la gauche veut voir s’installer sous sa mandature un enseignement à deux vitesses.

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17 réflexions sur “De la marchandisation des études d’architecture.

  1. Vous avez tout à fait raison. Mais après, il y a la question de l’HMONP. En effet, l’ordre a inventé cette barrière, car elle ne croit pas en la formation des ENSA. Elle génère ainsi une caste. Seules ceux qui ont le bras long on la possibilité de le faire. Il n’y a aucune contrepartie pour les agences qui accueillent des candidats HMONP. Comment voulez vous qu’un ADE puisse ne pas avoir un autre salaire que celui d’un dessinateur? Comment voulez-vous qu’un ADE puisse avoir le statut HMONP sans avoir le bras long? Les choses ne changent pas, car cette profession est remplit de démagogie. Chacun pour sa poire. L’ordre, les écoles et maintenant les vendeurs du rêve architecturale… Je suis dégouté.

  2. Il n’y a qu’en France qu’il y a les 170m² (aussi!)… Dans le cas portugais, il suffit d’un stage de 6 mois ( avec le statut de stagiaire, et non salarié) après les 5 ans d’études pour prétendre s’inscrire à l’ordre et signer entant qu’archi. Donc, soit l’ordre doute de la qualité des écoles, soit elle crée une caste. (Soit les deux!). La réforme du seuil, la reforme sur le statut des architectes DE, la reforme sur les honoraires des architectes ( minima!) reste a faire. Mais comme les architectes sont bien connu pour la solidarité… on n’est bien mal!

  3. Dans ces article et commentaires qui sentent le père La Vertu et la démagogie, beaucoup de fausses assertions: dans la réalité, la HMONP est une année de formation professionnelle qui vient compléter 5 ans de formation plus théorique, recalant ainsi le cursus sur 6 ans comme avant la réforme qui n’est en rien une initiative de l’Ordre mais bien la mise en cohérence des cursus européens permettant d’établir des passerelles à chaque cycle, évitant ainsi l’effet cul de sac pour ceux qui souhaitent changer d’orientation ou acquérir une formation plus pluridisciplinaire.
    Quant aux critiques du projet d’Odile Decq, elles sont déprimantes: elle est beaucoup plus près de la réalité des nécessaires coûts pour la formation d’un architecte, ce sont toutes les autres écoles qui se résignent à faire du dumping, quand on sait qu’un de leurs étudiants en architecture « coûte » moins cher que tout autre dans l’enseignement supérieur! En outre les malthusiens auront à se rappeler que la France est le pays doté du plus petit nombre d’architecte par habitant: la crise de la profession ne vient pas de là!
    Le projet Decq est innovant, complémentaire, pas concurrent, et mérite qu’on le soutienne.

    françois-s. braun

    • Je ne dis pas le contraire sur la HMONP, j’ai participé à l’écriture de ces textes et je connais très bien son histoire. Merci.
      Quant à l’école de Decq, si vous trouvez innovant une école qui coûte 64000 € pour ne délivrer aucun diplôme v, je ne peux rien pour vous.
      Par ailleurs, sachez que si le coût des études d’architecture est inférieur aux autres études supérieures de même niveau (le coût d’un étudiant à la fac est le même qu’archi), c’est surtout dû aux traitements des enseignements majoritairement précaires (contractuels, mi-temps, statut d’enseignants-chercheurs inexistant…)

  4. Le problème si il y a, n est pas tant l école de decq que les autres. La vrai envie de devenir architecte se decide et se réalisé après le diplome, aucun prof ou autre ne peut rien pour aucun etudiant qui souhaite faire ce métier, l apprentissage commence après le diplome , après la hmo et dure le temps nécessaire , sans programme scolaire , allez expliquer aux profs le caractère insuffisant de leur école….

  5. Bonjour
    Non seulement je partage l’analyse de l’article, mais de surcroit, constatant la photo qui l’illustre, j’attire votre attention sur la bataille que l’association « les Amis de l’école d’architecture de Nanterre » et DOCOMOMO France mène pour la sauvegarde de cette école supposée être inscrite au titre des Monuments Historiques suivant délibération de la délégation permanente de la DRAC Ile de France de 2005….Par ailleurs…Comment se fait-il que cette situation perdure quand on connait les besoins d’espace , d’étudiants, d’architectes…Qu’attend la profession pour se mobiliser pour la réutilisation de ce bâtiment dans l’intérêt du service public de l’enseignement de l’architecture? dans l’intérêt public de l’architecture (loi sur l’architecture)
    Cordialement
    Serge Kalisz, architecte

  6. Je ne comprends pas vraiment cette histoire de concours de prépa etc… Un délire de bourge sans doute enfin c’est sur mais bref on s’en tape c’est comme ça depuis toujours. T’as plus de thune t’es avantagé et encore je sais pas si c’est vraiment très consistant ces prépas…
    En revanche la question de l’après concours est importante ce serait sympa d’avoir une formation correcte au lieux d’une course aux rendu, Pourquoi les étudiants auraient pas le droit de profiter de leur vie d’étudiant pour apprendre à créer à leur façon et à réfléchir plutôt qu’apprendre a produire vite ? Et puis après y a cette histoire de HMONP ba c’est cool, pourquoi se faire chier à bosser en courant à l’école ? ? C’est pour le plaisir ? En fait y a bien plus grave que les école // au système public payante arnaques ou autre c’est la qualité de l’enseignement qui laisse à désirer. Qui sont ces profs ? Pourquoi certain d’entre eux semblent si limités ?
    La qualité de l’enseignement est surement dépendante de la qualité du corps de métier architecte si on peut tout rassembler en une seule pomme. Et quand je regarde la pomme je me dis qu’elle est vraiment toute pourrie.

  7. Bonjour , un petit commentaire sur les prépas  » opportunistes  » offertes par ces maisons d ‘ édition devenues sur ce coup roues de secours pour étudiants en goguette , ce ne sera jamais qu ‘ une vision mercantile qui ne garantira en rien la réussite aux concours d ‘ entrée car les candidats sont jugés sur un certain nombre de qualités qui ne s ‘ inventent pas en quelques jours de préparation intense .
    Ma fille est passée par une filière littéraire avec une option renforcée en Art Plastique et c ‘ est son travail qui lui a ouvert les portes de la réussite ( haut la main , ce dont je suis assez fier ) à 4 concours d ‘ entrée dont un spécifiquement orienté ingénieur ( celui de Blois/Paysage avec une majorité de recrutement venant d ‘ un bac S , une infime partie relevant d ‘ autres bacs )
    Mais je ne doute pas que vous interpelliez à ce sujet Catherine Jacquot , la nouvelle présidente de l ‘ Ordre des Architectes car il semblerait qu ‘ elle soit très offensive pour ce que j ‘ en ai lu sur le site de l ‘ Ordre ….. en espérant que toute cette dépense d ‘ énergie aboutisse à quelque chose de concret pour la profession .
    JL

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