Citation du dimanche – 64


Laurent Bouvet (1968-vivant) est professeur de science politique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. 

 » C’est avec la gauche, à la fin des années 80, que l’action publique, en matière de politique sociale notamment mais aussi de la ville par exemple est devenue une politique de ciblage: de populations, de quartiers… Une partie de la gauche a alors commencé à raisonner en termes de niches électorales. Elle a développé, à l’appui des programmes de politiques publiques, un discours destiné à des populations spécifiques. Or cette évolution a correspondu au reflux historique de la «classe ouvrière» comme représentation centrale du «peuple de gauche» lui-même délaissé au profit de la société et des individus. Si bien qu’à gauche, une fois au pouvoir, certains ont commencé à penser à une nouvelle «coalition» électorale (inspirée du modèle démocrate américain rassemblant les minorités connu sous le nom de «rainbow coalition») permettant de remplacer l’électorat traditionnel de la gauche forgé autour d’une alliance entre classes populaires et classes moyennes. C’est ce processus ancien et récurrent à gauche depuis le milieu des années 1980 (on pense à l’usage fait par François Mitterrand de SOS Racisme notamment vis-à-vis des jeunes) qu’a repris et figé en quelque sorte la fameuse note de Terra Nova en mai 2011 en proposant que la gauche s’appuie sur un socle électoral constitué des femmes, des jeunes, des immigrés, des diplômés, des grands centres urbains… validant ainsi une double évolution, économique et «sociétale» libérale. Et laissant à l’abandon (aux mains du Front national notamment) toute une partie des classes populaires (ouvriers, petits employés, retraités… notamment dans le «périurbain» et en zone rurale) dont les «valeurs» ne seraient plus, par définition, de gauche. Le défaut d’un tel raisonnement, outre son fondement sociologique bancal, tient à ce que le projet d’une telle gauche ne vise plus à construire un monde commun et à faire vivre ensemble les différences, mais à les exacerber en les mettant sans cesse en avant dans l’espace public, et finalement à satisfaire la revendication infinie de nouveaux droits liés aux situations identitaires de chacun. « 

Extrait du débat croisé avec Thierry Pech (Terra Nova) : Intégration, tournant libéral : Où va la gauche ?

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