Complainte d’un bobo qui voulait une crèche. Episode 2


[Résumé de l’épisode précédent] : Stéphanie et Antoine, respectivement 33 et 35 ans, ont du déménager à Montreuil suite à la naissance en 2012 de leur premier enfant, Louis. L’an dernier, la volonté du gouvernement de vouloir réformer l’aide fiscale apportée aux familles  » faisant le  libre choix du mode de garde «  les avaient quelque peu inquiétés et avaient freiné leur volonté d’agrandir de nouveau leur famille. Ils s’étonnaient aussi d’incarner, en tant que prétendus bobos, le mal absolu et d’attiser les haines les plus stupides, eux devenus aujourd’hui la classe moyenne qui vit plus mal que ses parents. Malgré cela, en juin dernier, ils décidèrent de faire confiance dans l’avenir et de se lancer dans l’aventure du second enfant.

Au moment où ils décidèrent de se lancer dans le deuxième enfant, Stéphanie et Antoine étaient tous les deux salariés en CDI, elle dans la mode et lui dans l’événementiel. Ils n’apprendront la grossesse du second qu’après le le licenciement de Stéphanie. En effet, début juillet, le patron américain de Stéphanie a débarqué en France pour une réunion imprévue. Devant les salariés, il a simplement expliqué qu’il fermait immédiatement l’antenne parisienne, pourtant rentable, de son entreprise. A la question pourquoi, il répondait par un froid :  » PROFITS  » (en anglais dans le texte). La messe était dite. Rien n’y changerait, ni le droit du travail français supposé être un carcan empêchant le licenciement (poke le MEDEF), ni même l’irrégularité de ce licenciement (le patron américain étant déjà reparti depuis longtemps dans son pays). En 21 jours, pendant lesquels Stéphanie a organisé son propre licenciement, l’affaire était bouclée et Stéphanie licenciée pour un licenciement économique fallacieux. A peine, le temps de se retourner et d’envoyer quelques CV, elle apprenait qu’elle était enceinte. Qui voudrait désormais employer une femme enceinte ? Personne et même Pôle Emploi conseillait de « profiter » du Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) auquel elle avait le droit pendant sa grossesse. Une situation qui se trouvait être bien plus difficile que confortable.

Quatre mois plus tard, Antoine était convoqué par la direction. Afin de sauver leur entreprise d’événementiel touchée financièrement par la crise, ses employeurs devaient licencier l’ensemble du personnel (4 personnes). Et même histoire que sa femme, 21 jours plus tard, Antoine était au chômage ou plutôt en CSP (non comptabilisé dans les chiffres du chômage). A 34 et 36 ans avec un enfant à charge et un enfant à venir, la situation de cette fin d’année 2013 ne pouvait pas plus mal tourner jusqu’à ce que leur nounou leur annonce qu’elle déménageait en février 2014 et qu’elle ne pourrait plus s’occuper du petit Louis. Par ailleurs, ils apprendraient par la suite, qu’étant né en janvier, ce dernier n’aurait le droit de ne rentrer à l’école maternelle qu’en septembre 2015 à l’age de 3 ans et 9 mois, mais que, malgré cela, les aides au fameux  » libre choix du mode de garde «  s’arrêteraient eux en janvier 2015 pour les 3 ans de leur premier enfant. Les crèches étant toujours aussi saturées, ne jouissant toujours pas de pistons et n’ayant plus les moyens financiers d’une nouvelle nourrice étant donné leur nouvelle situation financière, Stéphanie décida de devenir femme au foyer et d’élever à la maison ses enfants jusqu’à leur rentrée à l’école maternelle. Antoine ayant retrouvé un travail moins bien payé que précédemment, c’était à leur grand regret, la seule solution possible. En effet, il était financièrement plus intéressant de rester à la maison pour garder ses enfants que d’aller travailler et de les faire garder.

Du coup, Stéphanie s’interroge. Quand elle lit dans la presse que le gouvernement souhaite déconstruire les stéréotypes de genres et ainsi transmettre des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, elle se dit qu’elle est plutôt pour. Expliquer à des filles et à des garçons que les mamans ne sont pas bonnes qu’à élever les mômes et faire le ménage, c’est plutôt une bonne chose. Malheureusement, sa propre situation lui conférera ce rôle de femme au foyer. Tout cela, non pas parce que son mari se croit dans un épisode de Mad Men, mais tout simplement parce que l’absence de politique de petite enfance du gouvernement ne lui permet pas de sortir de cet état. Aussi, elle se demande si la meilleure façon  » d’apprendre qu’une femme vaut bien un homme [ce n’est pas plutôt et mieux] en lisant les oeuvres de Marguerite de Navarre ou de Louise Labé, de Mme de Staël ou de Simone de Beauvoir  » plutôt qu’en décrétant une égalité qui  » ne s’enseigne pas in abstracto en dehors des exemples qui la prônent. » (ici).

Alors que la gauche est au pouvoir depuis maintenant presque 2 ans, ils se demandent comment ils en sont arrivés là. Comment la gauche sensée améliorer la vie des gens, émanciper les femmes, rendre plus juste ce qu’il ne l’est pas, préfère se fourvoyer dans des luttes idenditaires plutôt que de proposer du commun et réarmer la République ? Le retrait de la loi Famille après la  » manif pour tous « , par la seule peur de quelques députés souhaitant coûte que coûte inscrire la PMA (qui n’est l’AMP) dans ce texte et de nouvelles manifestations conservatrices, empêchera tout débat plus large sur des sujets qui toucheraient, pour le coup, toutes les familles : des critères d’aides pour le mode de garde à la mise en place d’une politique familiale réelle en passant par la création d’un vrai  service public de la petite enfance avec un coût qui dépend du revenu mais identique quel que soit le mode de garde… Ce serait sûrement là, une vraie politique de gauche pour la famille, la petite enfance et pour l’égalité. Des sujets qui seront oubliés, renvoyés aux calendes grecques, parce qu’un président de la République n’arrive pas à trancher entre les tenants d’une gauche qui adopte des comportements d’apprenti sorcier qui lui explosent au nez le dimanche et par une droite en pleine crise de panique morale. Stéphanie et Antoine, eux, pensent qu’aux prochaines municipales, ils trancheront par un beau et simple bulletin blanc. En attendant, ils conseillent à tous les parents de faire leurs enfants entre septembre et décembre : impôts, école, aides… tout est bon entre ces dates. Faites donc l’amour entre janvier et avril.

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Je remets ça là – ça date du mois de novembre mais ça n’a pas beaucoup du changer.

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9 réflexions sur “Complainte d’un bobo qui voulait une crèche. Episode 2

    • Je ne dis pas le contraire sauf que dans le cas présent, la femme enceinte ne peut trouver de travail en l’état (c’est plus que regrettable mais c’est ainsi) et donc l’homme a trouvé un travail. En conséquence, il faudrait attendre la fin du congé mat’ que l’homme démissionne afin de garder le premier et le second pour que la femme puisse avoir le temps de trouver un travail. C’est injuste, je le déplore dans cet article expliquant qu’une vraie politique d’égalité homme femme passe d’abord et avant tout par une politique de la petite enfance.

  1. Je ne comprend pas l’intérêt d’opposer les ABCD de légalité avec le fait de fournir des places en crèche. On dirait l’argument des manif pour tous : il y a mieux à faire. L’un n’empêche pas l’autre. Vaut-il mieux ne rien faire tant que le chômage n’a pas baissé? Et si il ne baissait jamais? Ne serait-ce pas mieux que parfois ce soit l’homme qui reste au foyer, car sa femme ingénieure gagne plus?

    • Vous ne lisez pas bien : ce que je veux dire, c’est que, pour moi, une vraie politique d’égalité homme femme passe d’abord et avant tout par une politique de la petite enfance. Cette question là n’étant pas préalablement réglée, le reste n’est que bavardage et vernis sociétal.

      • Ceci étant, les vraies-fausses théories du genre n’ont pas pour contenu que les femmes peuvent faire mieux que d’élever des enfants et faire le ménage.

        Leur contenu tel qu’il a été expliqué par ministres et journalistes est plutôt que les différences d’orientation scolaire sont expliquées par des stéréotypes, ce qui est différent.

        Comme vous l’indiquez, il y peut y avoir des raisons matérielles ; il peut aussi y avoir des préférences différentes, et les différences de pourcentages selon les filières ne sont donc pas nécessairement un indice de stéréotype (point 1).

        Si on tient vraiment à ce ce soit l’homme qui reste au foyer, financé par sa femme, cela peut en effet être le cas d’une femme ingénieur (il y en a 25% dans la filière CPGE).
        Mais cela peut aussi être le cas d’une femme médecin (il y en a au moins 60% en PCEM2 ; voire 70% si on en croit Bernard Debré).

        L’avantage, c’est qu’une femme médecin ne risque pas de voir son patron américain la débarquer du jour au lendemain. Ni une femme magistrat (très majoritairement féminisé aussi) ou une femme fonctionnaire (idem).

        Ce qui montre bien que (point 2), les différences d’orientation par filières ne sont pas toujours pénalisantes pour les femmes, contrairement à une idée reçue.

        Et effectivement (point 3), dans le cas de l’école française, qui est apparemment perfectible en lecture, écriture et calcul mental, il y a sans doute mieux à faire que d’enseigner des théories dont les deux premiers points montrent qu’elles sont peut-être inexactes.

      • Ted, les « préférences » peuvent parfaitement relever d’un conditionnement basé sur les stéréotypes. Ce n’est pas prouvé mais il n’est pas prouvé non plus que la préférence des femmes pour les métier du « care » est inscrite dans leur firmware.

  2. La vraie inégalité n’est-elle pas entre le salaire de la nounou dont le travail a une réelle utilité et le salaire de ses anciens employeurs (événementiel et mode = aucune utilité pour la société).

  3. “Vous ne lisez pas bien : ce que je veux dire, c’est que, pour moi, une vraie politique d’égalité homme femme passe d’abord et avant tout par une politique de la petite enfance.“
    Pour une fois, tu as entièrement raison !

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