Les fêtes de Noël sont-elles solubles dans la laïcité ?


Le mois de décembre est un mois chargé. Entre la préparation des réveillons, les cadeaux, les congés, le travail qui prend du retard, rien ne nous invite à penser à ce jour du 09 décembre, date anniversaire de la loi de séparation des églises et de l’Etat. Malgré une recommandation récente de l’Observatoire de la laïcité de décréter le 09 décembre « journée nationale de la laïcité », peu de manifestations célébreront ce jour si symbolique dans la construction politique de notre pays. Cependant, jamais, et j’en suis le parfait exemple, nous ne parlons autant de la laïcité. Jamais nous n’avons autant débattu sur son sens et sa portée, que ce soit pour la conspuer, la promouvoir, la détourner ou l’interpréter. Après de nombreuses critiques émises sur l’absence de neutralité de l’Etat, notamment pour la fête de l’Aïd el Kebir, certaines personnes s’interrogent sur la place de la fête de Noël dans une République laïque.

Revenons tout d’abord sur l’origine de Noël.

Le mot « Noël » vient de la déformation du mot latin natalis, naissance. La fête de Noël est, historiquement parlant, celle du solstice d’hiver, qui marque le point de départ de la « renaissance du soleil », le 21 décembre, jour le plus court de l’année dans l’hémisphère Nord. Noël n’est donc pas initialement une fête chrétienne mais une fête païenne célébrant le solstice d’hiver. Noël était donc bien fêté avant la naissance supposée de Jésus. Dans sa « Cité de Dieu » saint Augustin, l’évêque d’Hippone, se félicite que l’on ait substitué à « la célébration de la naissance du soleil visible au solstice d’hiver celle de l’invisible créateur du soleil » (source). Il y a donc bien une appropriation chrétienne de Noël.

De même, la tradition du sapin de Noël n’a rien de religieux mais est bien un objet païen. On trouve déjà trace du sapin en Alsace au XVIème siècle. L’Eglise catholique s’est longtemps opposée au sapin de noël parce que c’est un symbole païen pour mieux se l’approprier ensuite en y plaçant une crèche à son pied. Le Père Noël, qui n’est pas Saint-Nicolas, n’arrivera en France sous sa forme actuelle qu’après guerre. Il fut directement rejeté par l’Eglise. En 1951, un jeune prêtre dijonnais Jacques Nourissat alla même jusqu’à brûler l’effigie du père Noël sur les grilles de la cathédrale Sainte-Bénigne.

Une fête familiale laïcisée.

Forts de leur victoire en 1905, les républicains du début du XXème siècle se sont attachés à laïciser les fêtes religieuses. On retrouve notamment Marcel Sembat ou Ferdinand Buisson qui considéraient que Noël était une fête volée qui se devait d’être laïcisée. Ainsi, la ligue des droits de l’Homme et du Citoyen organisait des fêtes de Noël laïques ou encore des proches du Parti Communiste organisait des « Noëls rouges » populaires, détachés de toute symbolique religieuse. Fêtes malheureusement disparues après guerre.

Aussi, lorsqu’on interroge les Français sur le sens de Noël (sondage), seulement 14% d’entre eux considèrent le 25 décembre comme une fête religieuse. Pour la majorité des Français (49%), Noël est avant tout une fête familiale. C’est donc une victoire laïque à mettre au crédit de nos illustres ancêtres.

Cependant, ici ou , nous assistons depuis plusieurs années à la révolte de parents d’élèves, évangélistes ou musulmans traditionalistes souhaitant interdire la présence de sapins de Noël ou de père Noël dans des écoles primaires sous le prétexte fallacieux qu’ils entraveraient le principe de laïcité. Or, comme il a été démontré plus tôt, ces symboles ne sont en rien religieux. Noël appartient à tous et ne saurait être la propriété de personne et surtout pas aux seuls chrétiens. Ma belle famille laotienne, de culture bouddhiste, fête Noël chaque année sans jamais y voir la moindre interprétation religieuse. Néanmoins, nous devons continuer de nous battre contre des élus qui installent et financent des crèches (ou encore contre ceux qui installent des candélabres pour Hanoukah) et nous devons continuer de laïciser les fêtes religieuses.

Pour conclure, il ne faut pas oublier que, si les républicains du début du siècle ont réussi à laïciser Noël, la laïcité ne se cantonne pas à la seule sphère religieuse (stricto sensu) mais qu’elle est la lutte contre tous les cléricalismes. Et le nouveau cléricalisme qui gangrène les fêtes de Noël « n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti […] c’est le monde de la finance », comme le disait il y a fort longtemps un candidat à la présidence de la République.

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