Fêtes religieuses et neutralité de l’Etat : la faute du gouvernement.


Tout en définissant, selon lui la laïcité, « Toute atteinte au libre exercice du culte est intolérable, et toutes les croyances religieuses doivent pouvoir s’exprimer dans notre Pays dans le respect des lois de la République, de la laïcité et des convictions de chacun. » le premier ministre Jean-Marc Ayrault en avait trahi le principe même quelques minutes auparavant en déclarant. « En ce jour de la grande fête de l’Islam, l’Aïd el Kebir, célébrée partout dans le monde, je voudrais adresser, à tous les musulmans de France, mes vœux les plus sincères. »  En se rendant à une fête religieuse accompagné du ministre de l’intérieur Manuel Valls, le premier ministre commet plus qu’une faute grave, il ne respecte pas la constitution qui dans son article premier est clair : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » 

Ce n’est ni la première fois ni la dernière que des responsables politiques se rendent à une fête religieuse. En 1918, l’archevêque de Paris avait invité Poincaré, Clemenceau et Deschanel à assister au Te Deum de l’armistice, Clemenceau refuse et s’oppose à la venue du chef de l’Etat : « Vous êtes le président de tous les Français et non des seuls catholiques. » Le communiqué de presse de l’époque est limpide : « Suite à la loi sur la séparation de l’église et de l’état, le gouvernement n’assistera pas au Te Deum donné à Notre Dame. Mmes Poincaré (femme du président de la République) et Deschanel (femme du président de la chambre des députés) n’étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister ». Ce sont malheureusement des temps anciens, Manuel Valls n’étant définitivement pas le Clemenceau qu’il voudrait être (ici ou ).

Par ailleurs, nous assistons avec l’avènement des réseaux sociaux (principalement Facebook et Twitter) à un nouveau phénomène. A la discrétion passée, ces réseaux ont permis à n’importe quel député, conseiller général voire secrétaire de section de tenter d’exister auprès de ces communautés religieuses en se donnant, croient-ils, une bonne conscience. Plus aucun ne comprenant vraiment le principe de laïcité, ils improvisent des mini-communiqués de presse de 140 signes anti-républicains et anti-laïques, pensant sûrement que cela leur rapporteraient des voix. Pensent-ils peut-être qu’en célébrant TOUTES les fêtes religieuses, ils respecteraient ainsi la laïcité ? Malheureusement, une fois de plus, non.  Et que feraient-ils des athées et des agnostiques laissés sur le bord de la route de leur dérive communautariste ? Ils n’y ont sûrement jamais pensé. En fait, leurs agissements permettent de les classer dans la case des démocrates communautaristes qui pensent que la cité a pour fondement les communautés, dont il recherche la cohabitation pacifique dans la société civile mais, au nom de « différences », ils admettent le principe d’appartenance d’un individu à une communauté.

Mais alors me direz-vous, qu’est-ce-que la laïcité ? Que dois-faire un élu républicain laïque ?

Sur la laïcité, j’y suis revenu suffisamment souvent pour ne pas me répéter. Le républicain laïque, quant à lui, place au fondement de la cité le principe de laïcité qui impose l’abstention stricte de la puissance publique et un devoir de réserve de la part de tous ceux qui y participent ; en revanche dans la sphère de la société civile cette abstention n’est pas requise et toutes les positions, pourvu qu’elles ne soient pas contraires au droit commun, sont licites et jouissent de la liberté d’expression. A partir du moment où un citoyen est élu, il se doit de respecter la constitution et donc la neutralité de l’Etat. Il suffira, ensuite, à ces élus de penser leurs électeurs comme des citoyens libres et égaux et non des membres d’une communauté religieuse ou autre. Alors même que droite et gauche tentent de faire survivre un front républicain à la renverse contre le Front national, n’est-il pas urgent de redonner son sens premier à la République et d’arrêter de la trahir ? Cela devra commencer par la laïcité qui n’est pas une valeur de la République mais un bien principe avec lequel on ne transige pas.

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3 réflexions sur “Fêtes religieuses et neutralité de l’Etat : la faute du gouvernement.

  1. je  » plussois » !!!Décidément , j’aime la justesse de votre ton et votre liberté de penser, il est dommage que cette vision éclairée ne soit pas assez répétée monsieur l’abeille .

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