Les « ambiances ethniques » de l’APUR…


Il y’avait eu en mai 2012 la fumeuse une de Libération sur les « Cabinets blancs de la République ». Le même mois l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) publiait plus discrètement une étude sur le Quartier des gares du Nord et de l’Est – Diagnostic prospectif – Dynamique urbaine et évolutions des faisceaux ferrés : une étude aussi dense qu’intéressante jusqu’à la page 65 avec l’apparition d’une carte que je vous laisse découvrir ci-dessous.

Sur cette carte, nous pouvons apercevoir la localisation des quartiers dits Tamoul, asiatiques, Afrique subsaharienne ou encore multi-ethnique avec annoté à côté « un potentiel culturel et touristique, à révéler, et à développer : -Mosaïque multi-ethnique à (avec double équation de la terre d’accuei)…. «  Pourtant, l’article premier de la Constitution de la Cinquième République française est clair :  « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » En conséquence, en France, il n’est pas autorisé de distinguer les individus en fonction de leur race ou de leur ethnie. Nous sommes donc en droit de demander à l’APUR quelles ont été ses méthodes pour cibler ses « ethnies », si elle a eu recours à des statistiques ethniques (pourtant interdites) et tout simplement qu’entend-elle dans le terme « ambiance ethnique » ? Que signifie ces îlots d’ambiance ethnique ? Stigmatisation à venir ou communautarisation souhaitée ? Se rendent-ils compte du type de dérive que ce genre de carte pourrait entraîner ? Mais peut-être que tout cela est non seulement assumé mais en plus souhaité par la mairie de Paris ?

Dans un précèdent billet, je m’inquiétais de la politique de Bertrand Delanoë, décrite par Catherine Kintzler comme un «Démocrate communautariste» qui pense que la cité a pour fondement les communautés, dont il recherche la cohabitation pacifique dans la société civile mais, au nom de « différences », il admet le principe d’appartenance d’un individu à une communauté. Cette étude de l’APUR, loin d’être anecdotique, révèle une fois de plus la dérive communautariste rampante à Paris. L’APUR n’a pas être support de cela et comme mon ami Pascal Nicolle le demande sur son blog que « il serait utile que l’APUR corrige les termes utilisés et fasse en sorte que de telles dérives ne se produisent plus. »


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13 réflexions sur “Les « ambiances ethniques » de l’APUR…

  1. Au delà de la question de la désignation dite « ethnique », les termes employés me font flipper.

    « Ethnique » : quand on est africain, arabe, asiatique, on est « ethnique »??? Pourquoi pas « tribal », tant qu’on y est? L’usage de ces mots est souvent complètement gavauldé et diffusent énormément d’a priori sur les personnes que l’on nomme ainsi. Pour une institution comme l’APUR, le manque de rigueur montre bien le manque de connaissances du sujet et le flou en ce qui concerne les connaissances sur les étrangers. Un grand classique du genre est la difficulté à spécifier, par exemple, les différentes nationalités et cultures africaines qu’on met plus que souvent dans le même sac (un espagnol et un allemand sont-ils les mêmes parce qu’ils sont européens? je connais certains pour qui les blancs sont un peu tous les mêmes, mais en général, ils n’ont pas fait d’études et débarquent tout juste du pays).
    Il y a énormément d’ethnies en Afrique, et originaire du Maghreb, je n’ai jamais entendu ce terme utilisé en Afrique du Nord. Je ne pourrai même pas dire si il y a des « ethnies » dans le pays d’origine de mes parents.
    Donc dire qu’il y a des ethnies dans le XVIIIè pour désigner des populations d’origines géographiques différentes n’a aucun sens et ne correspond nullement à la réalité (oui, bien sûr il y a des gens de diverses origines ethniques, mais les quartiers et les rues sont plutôt organisées par nationalités, et encore, pas de manière systématique – j’ai pas mal arpenté l’ambiance ethnique de château rouge 🙂 -.

    « Ambiance » : la réalité socio-économique de la population du XVIIIè arrondissement est réduite à des ambiances, à des décors exotiques? Forcément, ces étrangers mettent l’ambiance, ces gens qui aiment la musique et la danse et ont des moeurs étranges…..
    Même pour décrire des ambiances patrimoniales ou culturelles, ça laisse songeur. La ville ne serait-elle devenue qu’un décor de reality-show pour bobos et autres en mal de loisirs, de consommation, de culture(s). Un espace à consommer pour plus de sensations?

    Bien que la loi l’interdise et bien qu’ayant travaillé dans une association anti-raciste, dire qu’il y a des africains noirs, des arabes, des asiatiques, des indiens, des pakistanais etc. ne me choque pas. Ce sont les termes utilisés, style « exposition coloniale », qui me gênent profondément, réduisant et les gens et la ville à un décor et un usage ludique et consumériste du monde.

  2. C’est marrant ! Merci d’avoir sorti le truc. Enfin là c’est sorti du contexte, sinon dans le rapport ils en parlent comme d’un truc pour révéler des choses sympa de diversité, c’est un peu des hippies

  3. J’ai la chance d’être situé sur la zone qui cumule 2 hachures sur cette carte, doit je en conclure que j’habite dans un « îlot d’ambiance patrimonial d’ Afrique du Nord » ?

  4. Bien vu jO°.ethnO?

    En fait Paris c’est comme une boite de nuit ou disneyland, une fois que tu es rentré en tenue correcte et que tu as raqué pour l’entrée, tu peux aller t’amuser dans le quartier maghrébin comme ça tu va acheter des clopes du bled, après tu va t’ambiancer dans le quartier sub saharien là c’est marrant ya plein de noirs et tu peux manger du mais grillé, et pis quand t’en a marre tu va te faire coiffer à Tamoul City.

    On devrait payer des immigrés pour se déguiser en caricature, comme ça, postés au coin des rue pour accueillir le bobo ou le touriste, un peu comme Mickey quoi.

    Les français on est assez fort pour ça, on arrive à voir le monde à la fois avec beaucoup d’amour mais toujours avec beaucoup de condescendance…

  5. Soyez réaliste il y a les quartiers chinois (Beleville et dans le 13ème) c’est connu et c’est une réalité… pas de quoi en faire tout un plat non? C’est aussi ce que j’aime à Paris: sa mixité. Ce n’est donc pas « politiquement correct » de relever des réalités?
    Le terme peut choquer, et encore… j’aime aller me faire un chinois au Nouillaville à Belleville, un indien (pas tjs très bon) au passage Brady etc etc…

  6. mais nier les faits aussi, exercice du jour premiere annee archi . logements sociaux tamoul !

  7. « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »
    La constitution assure que l’origine, la race ou la religion ne se distinguent pas dans leur égalité devant la loi. Mais n’interdit certainement qu’on puisse encore distinguer leur origine ou leur religion !
    Cependant je t’accorde volontiers que ce type de représentation schématique et vulgaire est maladroit et sujet à piètre interprétation.

  8. La ville est un élément vivant, qui va évoluer avec le temps ce qui est aujourd’hui ne sera peut être plus demain. La mutation urbaine avec les années fait évoluer les catégories socioculturelles au sein d’un quartier (exemple : Rive gauche, ou encore Bercy) Indiquer que le quartier est de tel ou tel type « ethnique » est un raccourci maladroit et simpliste. En revanche les communautés se regroupent c’est un fait sociologique, en arrivant dans un pays étranger il est plus facile de vivre avec des repères, des cultures, et des valeurs communes (par exemple en chine les français se regroupent dans des quartiers français pour leurs permettre une meilleure intégration). C’est pourquoi les habitants de cultures équivalentes se regroupent, c’est cela la communauté (l’entraide et l’assistance aux membres de la communauté), le communautarisme, c’est autre chose, c’est le fait de ne pas se mélanger avec d’autres cultures, et de favoriser ses relations communautaires au détriment des autres cultures, ce qui n’est pas toujours le cas dans ces quartiers. C’est justement cette autarcie qu’il faut absolument proscrire car elle appauvrit l’intégration. Les quartiers indiqués sur ce plan sont des quartiers habités par des communautés socioculturelles équivalentes, mais pas forcément des secteurs communautaristes, ce raccourci est aussi très dangereux. En revanche il est clair que le mot ethnie est inapproprié sur cette carte. En France il est autorisé de référencer les groupes socioculturels pour les statistiques, ce qui est certainement la base de la cartographie. Je suppose que c’est plus une maladresse du rédacteur du plan qu’une réelle volonté de classifier par « ethnie », enfin je l’espère…

  9. Alliance Ethnik ? Moi qui les croyais morts et enterrés !

    Plus sérieusement, je crois qu’il s’agit avant tout d’une maladresse, et d’un piège politiquement correct typiquement français. Ils ne voulaient pas dire « Chinatown » ou « l’Afrique centrale à Paris », alors ils parlent d' »ambiance ethnique ». Saviez-vous que Montparnasse était un quartier à dominante bretonne il y a pas si longtemps ? Que dans le 13ie se trouve « La petite Alsace » ? Le nier serait nier la richesse de Paris.

    Je ne vois rien de réducteur ou d’insultant là-dedans, à partir du moment où chacun est conscient qu’on n’est pas réduit à une ou des communautés (on peut être amateur de metal, gay, bouddhiste, d’origine sénégalaise et suédoise, et geek, par exemple).

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