Paris : entre abandon des services publics et règne du tout-festif.


Alors que samedi dernier s’ouvrait la 12ème édition de Paris Plage, Jorge Morales (qui a déjà écrit un billet sur le blog et qui interviendra désormais fréquemment sur le blog) revient sur la politique de l’équipe municipale parisienne. Entre abandon des services publics et règne du tout-festif, il alerte, à quelques mois, des élections municipales une gauche qui ne sait plus qui elle est vraiment. La candidate socialiste Anne Hidalgo saura-t-elle entendre ce message ? Sa dernière interview  à I-télé laisse malheureusement penser le contraire. 

Dans un article daté du 9 juillet, « L’abeille et l’architecte » dénonçait l’atteinte à la laïcité que constituent les événements prétendument « culturels » organisés par la mairie de Paris au nom de « l’ouverture ». L’abandon progressif des services publics s’inscrit également dans cette démarche anti-laïque. Leur démantèlement (par exemple la marchandisation des systèmes de protection sociale) encourage la communautarisation et démolit la conception laïque de l’association politique. Comme le souligne Jean-Marie Kintzler :

  « À côté de la neutralité de l’État, ce qui frappe l’étranger, c’est la passion française pour les services publics. Au-delà de leurs régions, de leurs liens communautaires, de leurs ethnies et de leurs diverses appartenances, tous les citoyens français font partie d’un même corps politique. Parce qu’il transcende la société civile, ce corps politique suscite une passion pour l’égalité. […]. Le développement de la fraternité et de l’égalité républicaines au travers du développement des services publics est une des spécificités de la République française. Cet intérêt et cette passion pour toutes les formes de solidarité républicaine est due à la présence invisible mais efficace d’un corps politique. Ce dernier est lui-même un effet fondamental du principe de laïcité. » (source).

 Le cas des piscines municipales de Paris est illustratif du processus indéniable de dégradation des services publics, dégradation qui s’accompagne de toute évidence de celle du service public en général : vestiaires et cabines sales, douches et toilettes vétustes ou bouchées, (occasionnant non seulement des odeurs fétides mais instillant un sérieux doute quant au respect des normes d’hygiène), casiers dégradés, manque de personnel évident (il n’y a parfois personne à la caisse si bien que l’on peut entrer… gratuitement), changements arbitraires d’horaires, manque d’organisation et d’ordre dans les différents couloirs de nage (les maîtres nageurs semblent être complétement indifférents au respect des diverses lignes d’eau ainsi qu’aux remarques des usagers), horaires de plus en plus réduits en période scolaire au profit des créneaux horaires des clubs qui, bientôt, monopoliseront toutes les lignes d’eau. Le comble étant la piscine Joséphine-Baker, pourtant l’un des grands projets du maire actuel, dont la gestion est assurée par une entreprise privée (le groupe Carilis) pendant l’été, occasionnant une augmentation du prix d’entrée.

Comme pour faire oublier la dégradation continue des équipements sportifs, une piscine du Ve arrondissement n’a rien trouvé de mieux que d’organiser « la fête de l’eau » ; une « journée d’animations ouverte à tous » où l’on organise, entre autres, des « relais ludiques » et des « goûters » pour les enfants (source). Il semblerait que cette mairie, qui de gauche n’a plus que le nom, pousse progressivement ses administrés, qui ne sont pas tous aisés, à s’inscrire dans un club ou à se tourner vers les piscines privées (ce qui est parfaitement compatible avec une politique de droite). Les candidats aux prochaines élections municipales de cette ville semblent étonnamment indifférents à cette dérive.

 Une fois ce constat établi, on peut conclure en s’interrogeant sur l’emploi des deniers publics. Pourquoi préfère-t-on donner la priorité à des événements festifs coûteux et éloignés des besoins de la population. L’intérêt commun – surtout en période de crise – ne commande-t-il pas de privilégier la valorisation et l’entretien des services collectifs plutôt que de dépenser l’argent des Parisiens pour l’organisation de manifestations ludiques plus démagogiques que populaires comme Paris plage ou la fête de la musique (cette dernière étant le modèle même de la démagogie) ?  La présente municipalité semble bien oublieuse des valeurs sociales qu’elle prétend défendre ; le règne du tout-festif étant un moyen très efficace de masquer la réalité. N’est-il pas temps de retrouver le sens de l’intérêt collectif et de sacrifier le tout-festif à une vraie politique sociale ?

 Jorge Morales

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8 réflexions sur “Paris : entre abandon des services publics et règne du tout-festif.

  1. D’une certaine manière, le « tout-festif » permet à la fois d’occulter les problèmes réels et de faire en sorte qu’ils ne soient pas abordés sur le fond : on est la pour « faire la fête », pas pour se prendre la tête. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’un habile travestissement de la réalité.

  2. Du vin et des jeux après application de la ‘théorie du choc’.
    Voici revenir le temps des assassins, du grand nettoyage.
    La guerre est la seule hygiène du monde disait Marinetti.
    Play (an other) time.
    artfurtif

  3. Cet article était à l’origine une lettre datée du 7 septembre 2012 et adressée aux différents adjoints chargés des services publics municipaux et du sport de la Marie de Paris. Aucune suite n’en a été donnée. J’ai voulu le proposer à « L’abeille et l’architecte » car je constate que la situation des piscines municipales parisiennes, depuis la date de la lettre, s’aggrave.

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