Fioraso, Proust et les langues étrangères.


Ah, qu’ils étaient beaux les socialistes défendant, le verbe haut, La Princesse de Clèves.  Ah, qu’ils étaient courageux les socialistes qui allaient réformer la loi LRU. Ah, oui mais cela c’était avant. Avant que la ministre Fioraso vienne nous expliquer que « si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust…» et que sa loi ne soit surnommée « LRU2 », allusion à la loi sur l’autonomie des universités de Valérie Pécresse. Preuve s’il en était de la continuité avec le précédent gouvernement.

Il faudrait, d’après la ministre, que les « nos universités regagnent ces places perdues » dans le classement des pays les plus attractifs. Bah oui, c’est simple: faisons des cours d’anglais, attireront ainsi des étudiants étrangers et grimpons dans le classement de Shanghaï. A cet effet, la ministre de l’enseignement supérieure a donc prévu deux nouvelles exceptions au principe d’usage du Français (issu de la loi Toubon 1994« pour la mise en oeuvre d’un accord avec une institution étrangère ou internationale, ou dans le cadre d’un programme européen ». Heureusement, quarante-trois députés PS souhaitent la suppression de l’article 2 du projet de loi Fioraso. A la tête de cette fronde, Pouria Amirshahi (député  de la 9ème circonscription des Français établis hors de France) qui a promis qu‘il ne céderait rien. Face à lui, une ministre entêtée et des citoyens du monde persuadés que la marche en avant était non seulement inévitable mais bénéfique pour leur ville, leur Région, la France, le MONDEEEEE…

A titre personnel, j’y suis évidemment opposé et ce pour plusieurs raisons :

  • Les cours en anglais n’attirons pas plus d’étudiants d’étrangers. Dans mon école d’architecture, des étudiants de Corée du Sud (et même du Nord) se battaient pour venir suivre les cours d’Henri Ciriani qui pourtant les donnaient dans un français fort peu compréhensible.
  • Les petits Français ne parleront pas mieux l’anglais, l’allemand ou le chinois. Nous ferions mieux de renforcer les cours de langues étrangères dans les premiers cycles et de n’avoir que des cours techniques en enseignement supérieur, une fois les bases apprises.
  • « La sauvegarde d’une langue, c’est la sauvegarde de l’invention, de l’originalité et donc de la liberté. » Comme le rappelle très justement Michel Serres dans une interview à France Info. Ici.
  • Après la volonté forcée d’imposer la charte des langues régionales, il y’a cette volonté d’imposer une langue étrangère. Comme si la fin programmée de l’Etat Nation au profit d’une Europe des Régions avait trouvé son parallèle à travers les langues. Et inversement.
  • Une fois la boite de Pandore de l’enseignement de langue étrangère à l’université ouverte, où cela s’arrêtera-t-il? Voulons-nous vraiment donner des billes à l’extrême-droite et la droite qui nous accuserons demain d’avoir « lâché » le Français?

Aussi, le débat sur cet article 2 pose un autre problème: celui de ne focaliser le débat sur cette loi que cet article alors même que ce n’est qu’un épiphénomène qui détourne notre attention du vrai de sujet de la réforme toute entière. Mais là, c’est un autre débat. Les écoles d’architecture n’étant pas sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieure, je n’ai pas grand chose à dire. Néanmoins, suite au rapport Feltesse, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, pourrait bien organiser la mise en place d’une co-tutelle Culture-Enseignement Supérieure. A suivre.

A celles et ceux qui voient, dans ce billet, une forme de fermeture d’esprit, un repli sur soi franchouillard, un manque d’ouverture certain, je répondrais qu’au terme de citoyen du monde (celui des béni oui-oui hesselien), je me considère plus comme un patriote cosmopolite, à l’instar d’un Romain Gary ou d’un Victor Basch.

BONUS: «  Prenez garde ! Je vais parler en français«  prévenait Winston Churchill en 1949 à Strasbourg dans un discours prononcé à l’occasion de la création du Conseil de l’Europe.

11 réflexions sur “Fioraso, Proust et les langues étrangères.

    • c’est pourtant simple: on évacue la langue française à tous les niveaux: localement ET globalement. Le français est la langue de gouvernement et intellectuelle depuis 1539! Gouverner dans une autre langue, comme songe à le faire notre élite, c’est renoncer à être nous-mêmes! Songez que le premier ministre vient de rappeler à l’ordre ses ministres parce que les intitulés des projets ministériels sont de plus en plus souvent écrits en ANGLAIS! C’est grave de savoir que nos ministres refusent désormais de parler la même langue que leur électeurs…
      Ensuite saper le niveau local: on oublie que les langues régionales d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier: elles sont resynthétisées à partir de dialectes qui avaient le défaut de ne pas être unifiés (je pense au breton, qui est un abus de langage car il y avait au moins quatre langues celtes et trois patois romans…) et surtout, elles étaient ORALES. Les régionalistes sont en fait les pires révisionnistes: ils nous parlent d’un passé mythique que les horribles jacobins auraient annihilés, alors que le peuple voulait tout simplement s’instruire. Or seule une langue unifiée et codifiée comme le français pouvais le permettre. Rester patoisant, c’était refuser de s’élever dans la société… Avoir passé trois ans à Nantes m’a permis de comprendre à quel point le discours régionaliste est une falsification: créer des écoles diwan dans une région où personne ne parlait breton (c’était un pays gallo, donc roman…), c’est du révisionnisme! Voilà pourquoi je suis contre les régionalistes: ils veulent nous ramener au moyen-âge (quel progrès…), et à leur manière, ce sont des « jacobins aux petits pieds », qui veulent exterminer le français, mais pire, qui veulent faire une ségrégation entre ceux qui sont « d’origine » et les autres…

  1. Vision passéiste comme d’hab, ces cours en anglais, espagnol et allemand existent déjà ! Vous voulez interdire les cursus bilingues en droit à Strasbourg qui sont en allemand et en espagnol à Toulouse? Ces cursus existent depuis des années qu’ils soient en anglais, allemand ou espagnol, pourquoi refuser cette ouverture? Vous allez détruire ces filières qui préparent des étudiants à Erasmus et qui font venir des étudiants étrangers qui font des études ou de la recherche chez nous? L’article 2 ne va qu’encadrer une situation existante. Les étudiants viennent pour des cours, pas pour une langue, ils apprennent le français en étudiant ici. Pourquoi cette fermeture d’esprit? Vous êtes donc de ceux qui combattent les classes bilingues (allemand/français) au nom de la défense du français? Vous avez à ce point une fermeture d’esprit et une peur pour notre langue? Nous ne sommes pas le Québec, le français n’est pas menacé. J’espère que vous allez vous réveiller, c’est un combat d’arrière garde…Votre position provoque une forte colère chez moi, vous préférez l’idéologie à la vie réelle? J’ai honte de mon parti quand je vois ça….

    • Le but du socialisme, c’est d’accompagner les changements en les ratifiant des situations existantes?
      Si ces situations existent et sont admises et tolérées, pourquoi donc vouloir le notifier dans la loi? Quel est le but? Si ce n’est d’accélérer et de faciliter cet état.
      « Le Socialisme,c’est la République poussée jusqu’au bout » disait Jean Jaurès. La République est une et indivisible et sa langue est le Français. Donc si je défends la République et le socialisme, je défends le Français. C’est tout sauf un combat d’arrière garde, c’est justement l’inverse.

    • @pierre,
      C’est vous qui faites des amalgames, et qui vivez hors-sol!
      Vous confondez deux choses: je suis férocement contre cette loi, mais il ne s’agit pas pour moi de supprimer les cours qui sont faits en langues étrangères s’ils font parti du cursus. L’apprentissage des langues étrangères est essentielles, mais ça ne doit pas se résumer au tout-anglais. Or c’est bien ce que vise la loi Fioraso: remplacer le français par l’anglais (ou plutôt son cousin bâtard, le globish) au niveau des études supérieures. Pourquoi imposer de parler une langue ETRANGERE sur notre propre sol? C’est bien de cela qu’il est question!
      Ne soyez pas naïf, car vous savez parfaitement que sous le terme « langue étrangère », la ministre parle d’anglo-américain, et d’ailleurs, personne ne s’y trompe! De fait, le tout-anglais EMPECHE la pratique des autres langues étrangères…
      C’est justement parce que j’ai pas envie de connaître les autres cultures par le seul biais du globish qu’il faut se battre contre le tout-anglais. D’autant que le motif du ministre (l’ouverture au monde…) est malhonnête: bien des ressortissants des pays francophones des cinq continents viennent faire leur étude supérieures en France, même les ressortissants chinois et indiens, qui viennent parfaire leur pratique du français. C’est cet argument de l’ouverture qui me met lui profondément en colère: mes parents sont d’origine africaine, et sont venus étudier en France… La France de Fioraso veut en fait nous enfermer dans le giron anglo-saxon, et je refuse de devenir un gallo-saxon!!!

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