Ricciotti: sa bite et son couteau.


Il est partout : France Inter, France Culture, Ce soir ou jamais (à  1h33mn), en dédicace pour son nouveau livre « L’architecture est un sport de combat » à la librairie au Cabanon,  exposé à la Cité de l’Architecture  dès le 11 avril prochain et enfin en conférence pour les trophées béton dans 15 jours. Toute cette promotion bien orchestrée parachève la livraison de trois bâtiments importants:  le MUCEM à Marseille, le stade Jean Bouin à Paris XVIème et le département des Arts de l’Islam du Musée du Louvre. Pour celles et ceux qui l’ont raté, écoutez-le, car Rudy Ricciotti a la bite trempée dans le vitriol et le couteau aiguisé pour lacérer toute la bien-pensance architecturale. Mais est-il l’anarchitecte qu’il prétend être ou simplement un alvéopyge de plus du sérail architectural ?

La mantille à Ricciotti

Certains esprits mal placés auraient voulu que je fasse un « Faut-il pendre Rudy Ricciotti ? » à l’instar des précédentes victimes: Jean Nouvel et Edouard François. Mais l’orchidoclaste bandolais n’est pas du même bois bandé: Rudy, lui, a des couilles. Vous m’excuserez de l’utilisation des mots: bite, couille, enculé, branlette mais si je veux vous faire une brève recension de son dernier livre, je me dois d’utiliser les mots de Rudy qui fleurissent ce court texte de 96 pages.

Déjà, le titre: « L’architecture est un sport de combat« . L’emprunt au documentaire de Pierre Carles La sociologie est un sport de combat (qui montre comment Pierre Bourdieu travaille, une sorte de quotidien de la pensée en action) est à double tranchant. Si la forme n’est la pas même (un film versus un livre), l’entretien avec Rudy montre comment l’architecte travaille et comment il conçoit son projet, sa pensée, son oeuvre au quotidien à l’image de Pierre Bourdieu dans le documentaire. A contrario, la société du spectacle dans laquelle se livre Rudy à chaque page et sa propre reproduction sociale (un de ses fils est ingénieur et l’autre bientôt architecte) montre les limites du choix de ce titre, bref une réalité à l’opposé du sociologue. Aussi, le choix de l’entretien avec David d’Equainville (vous pouvez d’ailleurs allègrement passer sa préface pleine d’egobésité) est quelque peu hasardeux: les idées s’enchaînent sans logique même si au final, on sous-entend le corpus d’une idée qui pourrait faire sens qui tarde à venir. Comme si, derrière sa gueule de voleur de poules avec sa bite en bandoulière, Rudy nous cachait un petit cœur qui bat et qui veut nous dire quelque chose. Encore un peu trop timide ?

Mais venons-en au livre. Derrière un communiqué de presse ridicule axé sur trois points (le salafisme architectural, la fourrure verte et la pornographie de la réglementation) se cache un amoureux de l’architecture, des ouvriers qu’on ne peut délocaliser, d’une technologie patriotique (le béton Ductal de Lafarge) et de la France. Rudy se voudrait-il le chantre d’une démondialisation ? « l’esthétique de la mondialisation a colonisé la majeure partie de l’architecture. » (p.21) ; « le voyageur découvre à peine horrifié un village global, sponsorisé par une économie dopée à la culture du chiffre. » (p.23) ou encore à la même page: « on est passé du nombre d’or au compagnonnage [puis] à l’économie offshore de pirates [et enfin] à celle des comptables de mes deux. » Mais est-il sénestrophore l’ami Rudy ? En fait, on ne sait pas et ça, ça nous emmerde surtout quand on le voit faire du gringue à Eric Zemmour dans l’émission de Taddeï, Ce Soir Ou Jamais où en arrivant sur le plateau, Rudy sort directement un:  « T’as raison Zemmour, t’es le plus chétif, t’as des couilles ». A la fois jacobin (p.68) et régionaliste, Rudy ne sait pas très bien sur quel pied danser. Que pense-t-il vraiment ?

La critique de la façade plate, lisse en plastique ou en aluminium plutôt qu’en béton ou en brique emmène Rudy du calvinisme protestant au salafisme par un chemin tortueux dont lui seul connait les méandres. Si, l’on cherche le sens du mot salafisme, on trouve ça : « Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines, fondé sur le Coran et la Sunna. (suite) » Je veux bien que Rudy souhaite condamner cette architecture de revue ou comme il l’appelle cette « architecture de salon de coiffure » qui tue la représentation mais les mots ont un sens et tout n’est possible au risque de la caricature, de l’incompréhension voire du rejet. Et puis, comme Rudy revendique que : « le destin de l’architecture est de produire de la politique au sens fondateur du terme » (p.64) et qu’en même temps il se dit laïque (émission CSOJ) ou architecte catholique (dans un vidéo mythique), on se dit que, soit il est incohérent (au mieux) soit tout ça n’est que de la branlette (au pire).  Que pense-t-il vraiment ?

Sinon, quand Rudy s’en prend au Fuck the Context de Rem Koolhass (p.26), à l’imperator du kitsch de Ron Arad (p.37) ou le fait d’être acculés à créer des œuvres extravagantes comme Périphériques (p.25), on retrouve le Rudy paludoludiverbiste et hyperhippoascensionniste qu’on aime. Celui qui ne transige pas. Celui qui se fout ouvertement de la gueule des fonctionnaires zélés et autres technocrates cons qu’ils détestent et à qui il écrit de jolis courriers jouissifs. (p. 41, 42, 43). Mais aussi, ce qui dérange et amuse, c’est qu’il y’a chez Rudy un mélange d’anti-libéralisme économique et d’anti-conformisme anti-moderne qui pose question tant ses rapports incestueux (provoc) avec le groupe Lafarge sont palpables dans ses œuvres et son discours. Que pense-t-il vraiment ?

Malgré ces contradictions évidentes (mais qui n’en a pas – moi le premier) et des nuances de gris (pas de grey, il écrit plus salement) plus que du noir ou du blanc, Rudy écrit avec sa bite « Le minimum, c’est la bite,  le minimal c’est le godemiché » (p.12) et tranche avec son couteau « Le couteau doit s’aiguiser sur une pierre dure en allant toujours vers le tranchant » (p.46). Alors à la question: Faut-il lire « l’architecture est un sport de combat » ? Oui, il faut le lire pour au moins 5 raisons:

  • Il est l’un des seuls architectes français vivants qui n’écrit pas des niaiseries et qui pose ses couilles sur la buffet Louis XV de mémé.
  • On apprend plein de mots (moi j’ai découvert ce site) et ses gesticulations zoocopulatoires sont à mourir de rire. (p.94).
  • Rudy exagère plusieurs fois avec des anecdotes douteuses, storytillés pour chaque projet mais jubilatoires: la pute travelo sur le tas d’ordure de la déchetterie de Vitrolles. (p.11).
  • Surtout, il donne envie, en tant que jeune architecte, à ne rien lâcher, à se battre pour son projet, son idée, son architecture face des maîtres d’ouvrages le plus souvent dénués de toute forme d’intelligence.
  • Et puis, je me dis aussi que s’il n’aime pas ce billet sur son bouquin, cette dédicace ci-dessous, ce sera un peu ma dédicace de John Lennon à Mark Chapman.

dédicaceRR

Même financé par le grand manitou Lafarge, il faut aller à la Cité de l’Architecture parce que Rudy le mérite.

A lire en complément  : L’architecte Rudy Ricciotti met les poings sur les « i » par JF Degioanni et du même auteur:  « Ricciotti architecte », l’exposition avec de vrais morceaux d’architecture à l’intérieur

11 réflexions sur “Ricciotti: sa bite et son couteau.

  1. Hello. J’ai trollé une fois ici. Mais là je dois dire, qu’un peu d’enthousiasme c’est super. Merci.
    En fait, je trouve intéressant quand vous faîtes preuve d’enthousiasme. Point quand vous êtes show-bizness groupie (parpaing machin)…
    Carry on!
    JP

  2. L’abeille la plus fraîche de Paris!
    Continuez, vous êtes un vrai bol d’air. Votre impertinence et votre humour sans complaisance sont salutaires dans un domaine aussi sérieux que l’architecture. A bas l’ennui! D’autant que vous n’êtes jamais dans l’aigreur. Oui, continuez, vous faites oeuvre de salubrité publique.

  3. Double Air,

    Autant Jo New d’ Enfer était froid et auto satisfaisant , absent de toute pilosité , citoyen mondain du Paris obscur, autant RR tu t’opposes physiquement à cette lissitude Tatiliève.

    D’une gouaille méridionale tendance Vian, te voilà héraut du rugueux, du poilu, les mains dans ta terre et tes yeux sur l’ horizon en feu.

    Déménages grave avec ton Bandol en tes veines et les plus belles sirènes de ta Méditerranée.

    Bon, passées toutes ces festivités, exhibitions, publications, provocations, ce parcours de Gladiat’Or médaillé National ;

    passée l’ effusion des sens amicaux et admiratifs de la profusion de tant de lieux de rencontres et d’échanges tarifés, la Cité en son temple t’ ouvre enfin ses portes,

    Faites entrer Caligulart.

    Putaing, fait encore tout noir, je m’attendais à du ciel bleu, des rayons de soleil, une arène ensanglantée et des cagoles en rut mais c’est plein de fantômes à Jo.

    Même l’ossuaire collector y fait petite fronde bois flotté devant la marée projectionniste.

    Une expo pour ceux qu’ ont pas accès à ton site, qu’auraient , on se demande comment ?, pas entendu parler de toi , rien vu !!! .

    Et ce, en attendant de voir le film hommage mais pas eu le temps ni l’envie de partouze, 52, mn, l’année de notre naissance et de la maison d’un autre fada, j’achèterai le vinyl.

    En plein boulot promotionnel vieux voyou, on n’est plus à la télé spectacle, te tiens à carreau du temple, ça va donc pas finir Inglorious Basterd !

    D’ici à ce que nos pigeons baptisent aussi tes nids pour Paridiots …

    Les Musées sont des cimetières d’espoirs déchus disaient les futuristes, et maintenant, hors d’être devenu le James Bond publicitaire pour le béton imprononçable (Pfffubbbb) aux veines d’inox , Quid ?

    Capuche dorée pour envol canaille do it ?, Projets quatariens d’autre à foot ?

    Vas prendre un coup de mou après tout ce tsointsoin d’architecte cathodique, non ?

    Assez des peaux interstitielles, des boites à pans d’or et de leurs voilettes à misère?

    Des logements, mon ami, pas que des canons .. de bon rosé ou sur hauts talons !!

    Ici ou là, mais de mains locales , hein, comme promis, juré, craché, hurlé etc ….. Pas de quartier pour les bobios !

    Me fout un peu les jetons moi ton projet de Bordeaux, y a l’Emile qui t’aurait bien expliqué comment reconnaître sa fenêtre.

    J’étais venu voir le chaud mais le backstage manquait de folies, les parisiennes ne sont plus ce qu’elles étaient , maintenant faut les appeler con-frères !!!!!.

    Pour le reste, Perfect, So Perfect ……

    Bon ben faut que je te lâche, tu finis par être attachant et me pomper l’ R, j’ai pas grand chose d’autre à foutre mais quand même !!!

    Bien à toi, Rudy et dînes toujours le dos au mur !.

    Dayot 11042013

    • moi j’aime le Rudy, on peut pas toujours taper sur ceux qui ont un peu de talent, sinon y reste quoi? puis c’est un beau gosse non?

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