Mango ou l’esclavagisme tranquille.


En juin 2012, la marque Adidas retirait  du marché son nouveau modèle de sneakers. Dessinées par le styliste Jeremy Scott, les Adidas Orignals Roundhouse avait provoqué, sur la toile, un tollé général. En cause : des chaînes et des bracelets en caoutchouc orange qui s’attachent à la cheville. Un certain nombre d’internautes y voyant une référence à l’esclavage. Aujourd’hui, c’est au tour de la marque MANGO de provoquer le scandale.

pour-adidas-esclavage-est-donc-fashion-honteux_1_618544

Alerté par des amies -elles se reconnaîtront- j’ai découvert que la marque MANGO proposait sur son site un « collier style esclave » que vous voir ci-dessous. Non, non, vous ne rêvez pas: « style esclave ». Je ne sais pas de quand date cette mise en ligne mais la demande de retrait de ce collier raciste était déjà bien présente sur twitter dès samedi. A la différence des sneakers d’Adidas, il ne s’agit pas d’une interprétation d’un design mais bel et bien d’un process marketing qui met en exergue une domination raciale comme un style de mode. Imaginent-ils demain, le style « apartheid » ou le style « déporté » ? Ces gens sont ignobles, du marketeux au directeur général en passant le desginer, ils ne se rendent même plus compte du sens des symboles et de leurs portées.  Tout est bon pour vendre y compris à re-designer un collier d’esclave.

MANGO-esclave

Mais, finalement, n’est-ce pas si étrange de la part de MANGO quand on sait que dans le Dictionnaire des Antiquités d’Anthony Rich le mot MANGO signifie:

« Marchand d’esclaves (Mart. I, 59), surtout celui qui, par des moyens artificiels, tels qu’une nourriture excitante, du rouge, des cosmétiques, cherchait à rendre plus séduisante la personne des jeunes esclaves qu’il mettait en vente, et à augmenter ainsi leur valeur en leur donnant l’apparence de qualités qu’en réalité ils ne possédaient pas (Quint. II, 15, 95 ; Plin. H.N. XXIV, 22).

Par extension, ce mot, dans un sens plus général, désigne toute sorte de revendeurs, tous ceux qui essayent de donner de l’apparence à des marchandises vieilles et de mauvaise qualité. Pline (H.N. XXXVII, 76) l’emploie en parlant de marchands de bijoux. »

En conclusion, à l’instar de ce qui était arrivé à mon ami blogueur Bassem Asseh qui racontait son histoire à Rue89, il y’a désormais chez les entreprises (de mode -entre autres) une dimension ethnique au marketing. Cette idée de MANGO était sûrement de trouver une niche leur permettant de vendre ce collier (certains tweets d’ailleurs laissent à penser que pour certains, ce marketing a marché). Le libéralisme économique porte en lui tous les relents de racisme, d’éthnicisme, et d’essentialisme et c’est bien là le problème. 2013-03-03_202335Pour ceux qui douteraient encore, voilà un vrai collier d’esclave datant de 1883.

collar

Additif: Les excuses de MANGO  sur twitter sont inacceptables car ce n’est pas une erreur de traduction puisque d’une part le design reprend celui des colliers d’esclaves du XIXème (voir plus haut) et d’autre part une copie d’écran du site de MANGO espagnol prouve le contraire ().

————————–

PS: Merci à Lunise et à Claire pour leurs vigilances.

A lire:

Les bijoux « esclave » de Mango créent la polémique. Ici

Bijoux Mango : l’esclavage n’est pas un « style » qu’on porte autour du cou !

Le blog My culture is not a trend

3 réflexions sur “Mango ou l’esclavagisme tranquille.

  1. Juste pour apporter un petit plus au début même si je ne cautionne pas la création de ce collier !!

    Zara & Mango sont deux marques concurrentes qui se battent à coups d’atouts de charmes et de tissus vaporeux !
    Mango doit effectivement son nom au fruit de la mangue, qu’un de ses deux frères fondateurs, Isak Andic a goûté lors d’un voyage aux Philippines. Les deux frères créateurs de la marque, Isak et Nahman, viennent de Turquie et immigrent en Espagne alors qu’ils sont adolescents. Isak, suite à un voyage en Asie, revient avec un stock de tee-shirts que son frère aide à écouler sur les marchés en doublant le prix d’achat. Malins, les frères voient là un business et se lancent dans la confection de leurs propres modèles.
    En 1984, ils ouvrent leur première boutique sur l’un des grands boulevards de Barcelone, le Passeig de Gràcia. Elle se nommera Mango, en référence au fruit tropical qu’Isak avait goûté lors de son fameux voyage et qu’il avait trouvé surtout différent de tout ce qu’il connaissait… Aujourd’hui, avec plus de 850 points de vente dans plus de 80 pays, les fondateurs de Mango font partie des plus grosses fortunes d’Espagne.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s