Sandrine, c’est trop genrée. Désormais ce sera Réné.


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Alors même que Christiane Taubira prononçait un discours qui mériterait sûrement de figurer sur la page internet de l’Assemblée Nationale dans la catégorie: Grand moments d’éloquence parlementaire (devenant ainsi la dixième ministre de la Vème République et la première femme à y figurer), Sandrine Mazetier, député PS du XIIème arrondissement de Paris attirait -dans une question écrite- l’attention du Vincent Peillon, ministre de l’Education Nationale à ce que:

« le Gouvernement s’engage fortement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les stéréotypes, remplacer ce nom genré par un nom neutre redonnerait symboliquement aux pères la place qui leur revient dans l’éducation de leur enfant, et repositionnerait l’école dans son rôle éducatif différent de celui des parents. « L’école maternelle » pourrait être rebaptisée « première école », ou encore « école élémentaire. » 

Ceci n’est pas une blague. Vous pouvez vérifiez ici.

 

Guy Debord et Georges Orwell sont dans un bateau.

La vice-présidente de l’Assemblée Nationale cherche-t-elle une mise en lumière? ou simplement pense-t-elle, à l’instar de Magali de Haas, que « Le langage est politique. Le faire évoluer, c’est faire changer les mentalités. » ? Je ne sais pas mais j’ai tendance à croire que c’est un mélange des deux. Je ne sais pas, non plus, quel impact réel cette mesure aurait sur les stéréotypes fruits de la domination patriarcal -un peu genré, « patriarcal », non?-  J’ai aussi du mal à comprendre que ceux qui prônent le gender studies ou théorie des genres soient les mêmes qui prônent la parité de nature essentialiste. Parité, mise en place depuis plus de 10 ans et qui n’aura changé ni la condition des femmes, ni leur poids politique ou public. (à lire La parité, ou le retour de la « nature » de Catherine Kintzler). Si la parité n’a pas eu les effets escomptés dans les esprits, comme le seul  changement de nom pourrait-il s’en charger?

Aussi, certains ont trouvé que Sandrine Mazetier n’allait  pas assez loin estimant que de nombreuses économies étaient à faire en passant de « matérialisme » à « mathématique » dans le dictionnaire mais aussi plein de novlangue à inventer:

-Une crèche qui pourrait devenir « EPE » (Etablissement Petite Enfance).

-Maternité deviendrait « CMN » (Centres Médicalisés de Naissance).

-La Cité de l’Architecture et du Patrimoine deviendra La Cité de l’Architecture et du Matrimoine. L’histoire n’appartient aux Hommes.

ou encore pourrait-on entendre à l’avenir ce genre de conversation:

– Tu fais quoi dans la vie ?
– Professeur-e en classe supérieure de première école. Et toi ?
– Co-élu-e de circonscription paritaire locale.

Humour gras, machiste, vulgaire, de droite, qu’aura-t-on entendu sur ces mots mais avant le buzz du #jeparlelemazetier et la supposée coalition rouge-brun, la député trouvait même certains tweets drôles.

Tout cela et bien plus encore confinent au ridicule, comme le relève très justement Catherine Kintzler:

« Le féminisme essentialiste objectera que la loi parle au masculin. Le féminisme essentialiste épouse la thèse du machisme, qui confond lui-aussi l’universel et le masculin. Ce faisant, l’un et l’autre avouent leur ignorance de la langue française. (…). Pour être cohérente, la manie linguistico-féministe devrait accepter l’injure : car c’est une injure de parler de mairesse, de doctoresse, de chirurgienne; c’est réduire une fonction à l’obscénité, qui veut toujours soulever les jupes et baisser les pantalons. Laissons donc la langue et son usage à ses contraintes propres, qui résistent à tous les dictateurs. (…). Il vaut mieux alors s’en remettre à la bienfaisante abstraction de l’universel, qui n’exclut personne par sa généralité même. »

On ne saurait mieux dire.

Entre les députés et les sénateurs qui font comme s’ils rejouaient l’abolition de la peine de mort, la légalisation de l’avortement et le refus des pleins pouvoirs à Pétain pour le mariage pour tous (je précise que je suis pour), les coups de communication à 2 euros et ce genre d’arguties,  je pensais vraiment que les députés et sénateurs seraient plus intelligents et plus honnêtes que leurs prédécesseurs de la majorité.

Quid de ce que demandent vraiment les Français ?

Pour 72% des franaçais le débat sur le mariage pour tous n’a que trop duré. Ne soyons surpris que ce genre  propos ne remontent à la surface que maintenant et buzz. Ces propos servent la presse et de nombreux politiques parce qu’ils font semblant de cliver comme demain, le débat sur le droit de vote des étrangers non communautaires (je précise que je suis contre) et évitent de parler des vrais clivages. Ils suscitent aussi chez nos concitoyens un rejet du politique croissant incapable de trouver des solutions pour leurs problèmes réels: insécurité sociale, économique, physique et culturelle. (à lire à ce sujet la tribune de Bassem Asseh sur Rue 89 et l’interview de Gaël Brustier dans Ragemag).

Alors que de grandes priorités sont à mettre en chantier: chômage (le cas Goodyear ici ), ce lui du logement (le rapport de la fondation Abbé Pierre est alarmant ici) et que de nouvelles fractures se dessinent (lire ici le rapport de la Fondation Jean Jaurès), il est temps de mettre fin à toutes ses simagrées et de mettre en œuvre le projet socialiste -et non sociétaliste- notamment l’engagement 35

«Pour dissuader les licenciements boursiers, nous renchérirons le coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes ou rachètent leurs actions, et nous donnerons aux ouvriers et aux employés qui en sont victimes la possibilité de saisir le tribunal de grande instance dans les cas manifestement contraires à l’intérêt de l’entreprise.»

Au président de la République, à tous les socialistes mais aussi à tous ceux qui expliquent qu’on ne peut mettre dos à dos social et sociétal, je les invite à la saine de lecture de Jean Jaurès et d’Aristide Briand en 1904 (dans un article de La Dépêche) , un an avant la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. (extrait trouvé par Jean Roman)

“Il est temps que ce grand mais obsédant problème des rapports de l’Eglise et de l’Etat soit enfin résolu pour que la démocratie puisse se donner tout entière à l’oeuvre immense et difficile de réforme sociale et de solidarité humaine que le prolétariat exige. […] Il faut que dès la rentrée d’octobre soit discuté et voté l’impôt sur le revenu. Il faut que dès le mois de janvier soit discutée et votée la loi sur les retraites ouvrières, et aussitôt après ce vote s’ouvrira le débat sur la séparation des Eglises et de l’Etat… Il faut que la séparation soit votée dès les premiers mois de 1905.”

Et le socialiste Aristide Briand l’expose à Joseph Caillaux, député radical, qui le rapporte dans ses Mémoires :

“Quand nous parlons de réforme sociale, on nous objecte un peu partout qu’il y a encore des réformes politiques à faire, dont la principale est précisément [la séparation]. Il nous faut donc épuiser le programme politique du radicalisme pour être à même d’imposer l’examen de nos conceptions.”

« Jaurès, salaud !  » aurait-on entendu aujourd’hui de la part du camp du Bien, du Bon, du Juste, du Progrès Socialiste triomphant.

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