Logement – décembre 2005


Lorsque Jules Ferry a rendu l’école obligatoire en 1882, il n’a pas attendu que l’on construise une école dans chaque commune ; il a d’abord fait adopter par le parlement une loi consacrant l’éducation comme un droit fondamental de l’homme. C’est ensuite que chaque collectivité a été tenue de créer son école, et on a pu enfin scolariser tous les enfants. N’attendons pas d’avoir un logement décent pour tous pour faire enfin du droit au logement un droit fondamental, opposable juridiquement. Faisons le maintenant.

Car c’est plus d’un million de foyers en demande de logement social qui attendent de notre part des actes et des réponses à ce problème crucial qu’est leur habitat. Loyers excessifs, insalubrité, surpeuplement. Voilà le quotidien de trois millions de Français mal logés aujourd’hui. Sachez mes camarades qu’à quelques centaines de mètres de nous, à Belleville, des familles entières vivent dans des appartements où le taux de saturnisme est le plus élevé de France. C’est la seule loi du marché qui permet à des propriétaires véreux d’imposer des conditions de vie misérable à des familles déjà défavorisées.

La loi de Solidarité et Renouvellement Urbain était un pas vers la régulation. Imposer aux communes la construction de 20% de logements sociaux permettait une augmentation du parc locatif et instaurait une réelle mixité sociale. Pourtant, un certain nombre de maires préfèrent payer une amende encore trop faible choisissant ainsi leurs habitants électeurs.

Les préfets doivent désormais agir en lieu et place des maires défaillants et les subventions publiques accordées aux communes déficientes doivent être supprimées. On ne peut prôner la «tolérance zéro» pour les citoyens et laisser impunis des élus qui ne respectent pas la loi.

Construire des logements pour ceux et celles qui souffrent déjà des effets dévastateurs du libéralisme, c’est leur rendre leur dignité, mais c’est aussi comprendre que le logement est un facteur déterminant d’intégration sociale : il conditionne la réussite scolaire, la santé de ses occupants et les chances d’insertion professionnelle des adultes.

Faire de la mixité sociale un enjeu majeur pour 2007, c’est casser ces concentrations d’inégalités sociales, symbolisées ces dernières semaines en banlieue. C’est casser un apartheid urbain accepté par tous. C’est enfin se préoccuper de ces zones sensibles où l’augmentation du chômage, la précarité, l’échec scolaire est le lot quotidien de millions de français qui jour après jour, année après année se paupérisent.

Pour conclure, je citerais Henri Sellier, maire de Suresnes et ministre de l’Hygiène dans le gouvernement de Léon Blum :

« Le paupérisme n’est pas seulement une condition du corps, c’est aussi une condition de l’esprit. Dans le présent état des choses, le paupérisme devient héréditaire et le pire de tout en ce qui concerne les pauvres n’est pas tant dans la pauvreté de leurs habits, la misère de leurs foyers ou la tristesse de leur milieu vital, c’est la pauvreté de leurs aspirations, c’est l’état d’abandon moral, conséquence de l’insalubrité des maisons, des misères physiologiques et sociales que nous voyons. Alors vous tous qui vous entretenez de la dégénérescence sociale et de la misère humaine, vous qui ne ferez jamais rien avec tous vos remèdes et vos palliatifs, tant que vous n’aurez pas reconstruit ce berceau du caractère, ce séminaire de santé et de joie corporelles et spirituelles qui a pour nom l’habitation du peuple. »

3 réflexions sur “Logement – décembre 2005

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