Le miroir aux architectes – 2004


La réforme de l’enseignement de l’architecture en vu du passage au LIMADO (Licence-Master-Doctorat) avait pourtant bien commencé : des concertations fréquentes, une direction de l’architecture disponible et à l’écoute des acteurs de l’enseignement. Ce qui, malgré tout ce que nous pouvons penser de la réforme est une première. Alors que les discussions ont débuté il y a plus de trois ans et que cette réforme s’applique dans la quasi-totalité des écoles, l’heure d’un premier bilan a sonné.

La Direction de l’Architecture et du Patrimoine (DAPA) a « vendu » aux étudiants un cursus complet comprenant une Licence, un Master, un Doctorat avec comme nouveauté la licence d’exercice, qui ne porte pas ce nom certes, mais qui reste néanmoins la victoire des professionnels de la profession, c’est-à-dire l’Ordre, le Syndicat de l’Architecture et l’UNSFA. Le point d’orgue de cette réforme est la dissociation du titre d’architecte et du droit d’exercer la maîtrise d’œuvre, permettant l’accès aux « métiers » de l’architecture. Cette dissociation nous pose deux problèmes :

-Premièrement, elle met sous tutelle la validation de la licence d’exercice par le marché du travail. En effet, la régulation du nombre de futurs architectes se fera par le nombre de marchés de maîtrise d’oeuvre disponibles dans les agences accueillant les architectes diplômés d’état. Or s’il n’y a plus de marché de maîtrise d’oeuvre, il n’y a plus de stage et par conséquent plus de validation de la mise en situation professionnelle.

-Deuxièmement, sur le fond, cette dissociation favorise la validation des acquis professionnels à la validation des acquis des savoirs. La DAPA s’est tout simplement trompée de débat. Afin de « sauver » la profession d’architecte, elle a adapté l’enseignement de l’architecture en fonction des velléités des professionnels. Or c’est par l’enseignement de l’architecture que la dimension sociale, politique, culturelle et institutionnelle de la profession d’architecte doit être transformée.

L’autre point important de cette réforme concerne la reconnaissance des titres Licence, Master et Doctorat. Dans un premier temps, le titre de Master nous était retiré au profit d’un diplôme d’architecte conférant au grade de Master. La DAPA arguait que ce diplôme garantirait aux seules écoles d’architecture le droit de délivrer le titre d’architecte. Par la suite le titre de Licence était remplacé par un diplôme conférant au grade de Licence. Enfin, sous la pression justifiée du CNESER, le doctorat, délivré à l’origine par les seules écoles d’architecture, qui aurait permis la reconnaissance de la discipline Architecture ipso facto, devient co-habilité par les universités. La direction de l’architecture a tout juste réussi à harmoniser l’enseignement de l’architecture en France dans le cadre européen en gardant l’intitulé LIMADO. En somme, une dévaluation de l’enseignement français de l’architecture face aux enseignements universitaires européens qui, eux seuls, ont la reconnaissance de la discipline Architecture ; c’est la réforme de la DAPA qui tombe à l’eau.

Aujourd’hui que reste-t-il de la réforme? Une licence d’exercice, trop courte pour le triptyque professionnel, trop longue pour les étudiants et sans fondement pédagogique. Ce qu’il faut pour redonner du sens à l’enseignement de l’architecture en France:

-Premièrement, un parcours pédagogique plein, en cinq ans, basé sur un socle de connaissance commune et indivisible. Ce socle ouvrant aux métiers de l’architecture, permettrait aux étudiants de choisir leur parcours professionnel (maîtrise d’œuvre, maîtrise d’ouvrage, administration…). A l’issue de cette  formation théorique, les organisations professionnelles auraient leurs rôles à jouer dans le cadre d’un projet pédagogique individuel (PPI) choisi par l’étudiant. Aujourd’hui, le statut de l’enseignant en charge du suivi des mémoires, stages et TPFE est inexistant. Dans le cadre de ce PPI, il est nécessaire de donner un statut à ces enseignants, permettant enfin un véritable suivi pédagogique.

-Deuxièmement, la dissolution des écoles d’architecture et la mise sous tutelle de celles-ci sous le ministère de l’Education Nationale. Comme partout en Europe, l’enseignement de l’architecture doit être un enseignement universitaire. Ce nouveau cadre permettrait l’égalité des étudiants tant à l’accès aux connaissances qu’à leur réussite professionnelle. L’enseignement de l’architecture de demain, devient un véritable service public de l’enseignement supérieur.

La DAPA sait bien que réformer n’est rien de plus que changer pour que rien ne change, comme l’a écrit l’auteur du Guépard. Cette réforme en est la preuve. Du passé, les organisations professionnelles veulent faire table rase. Elles considèrent en effet que la formation qui les a faits est aujourd’hui nulle et obsolète. Dès lors, comment les futurs architectes pourraient être formés en agence par ceux qui considèrent que l’enseignement qu’ils ont reçu (parce qu’il n’a pas changé depuis 30 ans) n’est pas à la hauteur des exigences du monde d’aujourd’hui ? Un architecte est en formation continue tout au long de sa vie, le rallongement de deux ou trois ans de son cursus initial ne le rendra pas plus compétents ni mieux reconnus. Il faut aller au delà des querelles de chapelles, changer en profondeur un enseignement qui aujourd’hui a tout perdu de sa dimension émancipatrice vecteur de transformation sociale.

3 réflexions sur “Le miroir aux architectes – 2004

  1. Tu peux aussi ajouter que la suppression des concours d’entrée dans les écoles est indispensable…Il est plus logique d’avoir une selection en controle continu la première année et un passage selectif de 1 a 2 comme en médecine qui serait bcp plus juste et qui était le cas jusqu’aux années 93-95 lorsque les écoles ont commencé a faire des sélections..

    On arrive a des concours de sélections ridicules, des critères complètement absurdes tels que:  » moyenne d’au moins 13 au bac de Français »…et a une formatisation énorme des étudiants en architecture ( quasi disparition des étudiants venant de bacs littéraires au profit de S)…Le métier n’est PAS un métier de scientifiques ou de bons en maths loin de la…mais comme le système francais est incapable de selectionner autrement que par les maths….

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