Faut-il pendre Rudy Ricciotti ?

La collection  » Faut-il pendre ? «  est heureuse d’introduire son nouveau membre: Rudy Ricciotti. Introduire est un bien grand mot car comme tu aimes à le rappeler: « J’ai toujours refusé d’avoir la circonférence de la bouche au format exact de la bite du pouvoir. » (ici)  Quel poète, tu es. Quel rebelle, tu fais. Quel punk, oserais-je dire. Mais plus sérieusement, Rudy quand tu tapines pour LAFARGE (voir vidéo ci-dessous) , c’est avec ou sans préliminaire ? Tu sais que le pouvoir politique ayant cédé la main au pouvoir économique et financier, le courage (le vrai) aurait été de dire quel était le pouvoir auquel tu réservais ta gorge profonde. Vraisemblablement, au pouvoir du BTP bien plus puissant et dangereux que le pouvoir politique, n’est-ce pas ? Si tu en doutes encore, tu peux regarder le désastre que tes petits copains de LAFARGE (et d’autres) font dans le monde dans ce documentaire sur le sable diffusé récemment sur ARTE. Mais trêve de plaisantristes, passons aux choses sérieuses.

Un architecte égotiste

Suite à la recension que j’avais faite de ton ouvrage  » L’architecture est un sport de combat « , de nombreux confrères m’avaient pris à partie me reprochant un peu de trop complaisance à ton égard. A la virulence de tes propos qui ravissent la presse non-spécialisée, excitent les étudiants en architecture et font enrager les critiques d’architecture, j’aurais dû t’attaquer plus durement avec la hargne et le courroux (coucou) qui ont fait la réputation de ton serviteur. Je n’en voyais pas la peine mais tes passages radios, tes articles élogieux, tes prestations télévisés et ta propre caricature ont eu raison de ma plume. Voilà Rudy, tu me fais chier à défendre tout et son contraire, à jouer le chevalier blanc de l’architecture contemporaine, à faire l’impertinent de salon, tout ça pour quoi ? Pour toi et toi seul. Comme me le rappelait un ami architecte : « Bernard Huet citant Bertolt Brecht disait qu’il fallait infiltrer le système pour le retourner, il ne l’a sans doute pas fait mais il a dirigé une revue, monté une école et des laboratoires de recherche. » Fernand Pouillon a enseigné et édité des livres d’arts anciens. Où est-il toi, ton combat altruiste ? Tu te veux le chantre de l’anti-système productivisto-mondialiste architectural mais tu n’es finalement que « l’artiste qui fait frissonner le notable, le rebelle qui conforte l’institution… » comme le rappelait avec talent et justesse Françoise Fromonot dans Criticat 02. La prochaine fois que l’on se croise, en quatre yeux, tu me diras si tu y crois à ton baratin. Hein, tu me diras ?

Un architecte de son temps

Ce sous-titre pourrait être élogieux mais tu t’en doutes, il ne l’est pas. En fait, tu es la caricature de ton époque. Tu es l’homo festivus de Philippe Muray, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web » alors même que tu  crois le combattre. De la diffusion de tes lettres d’insulte (Magritte faisait déjà la même chose, il y’a 80 ans) à tes vidéos douteuses, tu ne peux que reconnaître que tu t’es enfermé dans le personnage que tu t’es créé. Personnage que l’on peut voir se dessiner dès 1993 dans une vidéo, que je recommande à tous mes lecteurs (visible ici sur le site INA), où l’on peut te voir défendre avec le même entrain le zinc comme tu défends le béton aujourd’hui, taper sur les entrées de ville (typiquement le combat des années 90) comme tu tapes sur le HQE aujourd’hui (un combat tellement années 2000) et évidemment on te voit débuter dans le jeu de mot qui a fait ta réputation avec un brillant : « Dignes, l’indigne ». Mais ce documentaire de 13 minutes ne se résume pas à la création du personnage Ricciotti, il est là pour faire découvrir à un public régional, l’oeuvre d’un architecte qui monte. C’est ainsi que j’ai pu découvrir certaines de tes réalisations pré-Vitrolles. On se demande alors ce qui te pousse à cacher celles-ci. As-tu honte de ton travail et de ton parcours ? Où celui-ci se résume à ta récente collaboration (NDLR: ne pas y voir de point Godwin) avec LAFARGE. Ton exposition à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine ne permet pas non plus de découvrir ce que tu as construit entre le 26 septembre 1980 (date de ton inscription à l’ordre des architectes) et le Stadium de Vitrolles. Idem pour ton site où de nombreux projets manquent (voir la Résidence Le Verger ci-dessous) Cela m’embête. Si l’Abeille est là pour piquer, l’Architecte est là pour comprendre. Là, je n’y arrive pas. Explique-moi Rudy : La construction intellectuelle d’un architecte se résume-t-elle à ses projets médiatiques ?  Un architecte peut-il cacher des projets qui ne correspondent pas ni à l’image qu’il se fait de lui-même ni à l’image qu’il veut donner ? Sont-ce des projets sous-traités et donc non assumés ? Tant de questions que personne n’ose te poser ? Pourquoi ?

Un architecte libre ?

La vraie question sous-jacente dans tout cela est celle de ta propre liberté. D’un premier coup d’œil, pour un public peu averti voire émerveillé par tes saillies verbales, on se dit que OUI tu es libre. Tu as atteint un tel niveau de notoriété qu’une lettre d’insulte adressée à un maître d’ouvrage te vaudra non seulement de finir encadré dans le bureau du fonctionnaire insulté mais en plus te permettra d’obtenir une nouvelle commande auprès d’un autre maître d’ouvrage subjugué par ta verve. Mais ne soyons pas dupes, tout cela n’est que posture, poncif et accointage industriel. Je m’explique. Bossuet disait  » Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes «  et je trouve que cette citation te va bien. A longueur d’interview, tu te gausses de défendre les ouvriers, le travail local, les matériaux présents dans un rayon de 50 kilomètres autour de tes chantiers tout en étant représentant du groupe industriel LAFARGE (voir publi-reportage ci-dessus). Cette entreprise mondialiste a non seulement participé à l’extinction de savoir-faire locaux par l’industrialisation de masse mais aussi par son objet capitalistique tend au profit maximum et donc à des salaires d’ouvriers bas. C’est aussi cela que tu défends Rudy, désolé de te rappeler. L’autre écueil à ce partenariat (si certains en douteraient encore, regardez qui a financé son exposition) est aussi architectural. Comme l’image ci-dessous le suggère, les moules de tes Bétons Fibrés à Ultra-hautes Performances (BFUP) que tu utilises sont-ils les mêmes sur plusieurs projets ? Sont-ils imposés par LAFARGE ? Ton écriture architecturale est-elle contrainte ? Es-tu vraiment libre de ton dessin ? Ou tout simplement, derrière un discours volontairement provocateur et une technicité d’ingénierie se cachent une réelle absence de dessin et de pensée architecturale ?

C’est donc ce mardi 04 juin que ta dernière oeuvre, le MUCEM, sera inaugurée. J’entends déjà d’ici ta voix faire (discrètement), à la tribune, la promotion de ton dernier pamphlet en critiquant :  » la pornographie de la réglementation, de la fourrure verte et le salafisme architectural ». C’est marrant comme les mots ont un sens et renvoie à une image. Moi, la première fois que j’ai vu les photos du MUCEM, j’y ai vu le grillage d’une burqa cachant, non pas le corps d’une femme, mais un bâtiment que tu n’aurais pas su dessiner. Et si c’était toi, l’inventeur du salafisme architectural ? Je n’ai pas encore visité le MUCEM, donc dans un premier temps, ma critique s’arrêtera là. D’ailleurs, la critique architecturale du MUCEM s’est souvent arrêtée là. Et comme tu ne veux pas être candidat à l’Équerre d’Argent cette année pour le MUCEM, tu t’épargneras donc toutes formes de critiques autres que celles largement publiées par une presse toute acquise à ta cause. Finalement, l’envie de voir une corde accrochée à un poutre en BFUP soutenant et balançant  ton corps pendu par un léger vent chaud de cette Méditerranée que tu aimes tant m’est passé en écrivant ce texte. J’aurais trop peur que tu t’en serves de cette pendaison pour terminer en glorieux martyr de la soi-disant pensée unique de l’élite parisianno-libéralo-architecturale.  En revanche, et tu comprendras sûrement pourquoi, je t’offrirais bien les « Mémoires d’un architecte » de Fernand Pouillon qui lui aussi s’est illustré à Marseille mais pas que…

En droit de réponse à un article du Courrier de l’Architecte (hé Leray, t’as vu je ne suis pas rancunier… ce n’est pas parce que tu me détestes que moi aussi), tu concluais par un majestueux : « L’important est d’être orchidoclaste. » Je crois qu’on est au moins deux, maintenant.

Post scriptum:

PS 1: Comme tu te prétends républicain, sache citoyen Ricciotti que la République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion alors ton accent, tes origines, ta re(li)gion que tu nous ressors à longueur d’interview, on s’en tamponne… ça n’intéresse que les identitaires de FdeSouche.

PS 2: Tu peux évidemment me demander publier un droit de réponse à labeilleetlarchitecte@gmail.com

PS 3 : Un grand merci à X.B. pour son aide.

 

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25 réflexions sur “Faut-il pendre Rudy Ricciotti ?

  1. La pendaison c’ est pour les voleurs de chevaux et non de poules et comme architecte de plumes et de goudron , il se débrouille très bien tout seul, alors ?
    La guillotine à aristocrates pour ce fils de prolos ? Le sabre japonais d’un ami ( lequel ?) pour un seppuku bien illusoire ? Un fauteuil électrique désigné par Stark ? Une chambre à gaz par x ? Une croix ? Un cutter islamiste ?
    Moi, je choisis le grand cru, c’est long et ça défigure.
    Le voilà prévenu, je l’attends, on verra bien si il a la foi .
    Artfurtif – Michel Dayot

  2. L’architecture proposée pour le Mucem est un contresens à sa destination programmatique et idéologique.
    Le poète méridional présenta une « casbah verticale ». Il faut aussi y voir un mirador horizontal.
    Destiné aux civilisations de l’Europe tournées vers la Méditerranée, il est en fait l’héritier du Fort Saint Jean. Et ce rejeton magnifiquement relié par son cordon en Bfup se dresse comme un nouveau rempart à l’envahisseur salafiste.
    L’image du bâtiment est à l’image de cette ville coupée entre son Nord et son sud. C’est un nouveau temple de Janus, dépouillé et nu coté ville, surchargé et carapacé sur ses façades Marine. Cette salope de Méditerranée et son fracas qui nous verse mille maux.
    Cette façade est sur le pied de guerre. En couches successives, le bâtiment hérissé de pointes en inox et traversé par un chemin de ronde est finalement enveloppé dans sa herse en béton clapotant.
    Et derrière ce bazar? Et derrière, on trouve l’ossuaire en Bfup. La mémoire de nos pères (le truc à protéger ?). Un tour de force structurel que pourrons apprécier les touristes et les poissons.
    L’architecte propose – le Jury dispose.

    Pas besoin de fouiller les poubelles pour sortir des vielles merdes (qui n’en a pas fait). L’éclipse fait sur LA troisième réalisation Parisienne (T8) est aussi symptomatique de la sélection ethnique autour du travail du Maitre.

    Le starchitecte supernova demandait récemment à son auditoire s’il restait encore des chrétiens ou de vrais hommes dans la salle, je n’en savais rien. Mais sur scène, ce soir la, il y avait juste une vielle paire de couilles défraichies.
    Le pendre va lui redonner une belle vigueur. Une renaissance.

  3. Respectes ce que tu ne peux faire est une règle, paraît il en tout cas , tenter de briller d’une mise à mort est une faute , petite

  4. On ne peut pas se rebeller contre sa clientèle, juste la stimuler ou l’irriter.
    La seule rébellion possible pour l’architecte se fait à l’encontre des pratiques du BTP. Et là, on peut dire que l’Abeille a très bien résumé le côté terriblement soumis de RR.
    Pire, il semble totalement enfermé dans sa passion du béton, au-delà de toute considération rationnelle, juste parce qu’il aime ça et que, concrètement, il n’a jamais appris à construire autrement. R.R. est-il libre ? Non et trois fois non.

  5. Je trouve que cet article est un peu facile, trivial. La réponse de Ricciotti aujourd’hui sur France Inter suffit à le prouver.

    Alors oui, il est fulgurant, dit beaucoup, son contraire. Mais le message de fond reste tout de même intact.

    Vous vous trompez quand vous dites qu’il est admiré par les étudiants en architecture. C’est tout le contraire, largement influencé par beaucoup d’enseignants qui le surnomment le gitan bling-bling.

    Vous semblez vous étonner de projets cachés, comme celui de la résidence du verger. Mais votre comparaison avec le reste de ses bâtiments s’arrête à l’esthétique, alors que la principale préoccupation d’un architecte demeure être l’usage et la qualité de vie.

    Votre premier article sur Ricciotti était bien plus objectif et intéréssant.

    • La réponse de Rudy Ricciotti sur France Inter était inexistante. « Si je fais bosser des entreprises françaises du cac 40. Tant mieux. Je suis patriote. » Sans une seule fois se questionner l’impact de ce genre d’entreprise sur la vie de leurs salariés et des répercutions environnementales. Un peu facile.
      Quant aux étudiants, je ne parle que des échos que j’ai pu avoir.
      Désolé, si je confère ma comparaison à la seule esthétique mais où, chez Ricciotti, peut-on voir les plans, les façades, les coupes, où est l’architecture?
      Je ne suis pas là pour faire de l’objectivité. Bien au contraire.

  6. chère l’Abeille, vous jouez là un petit coup bas facile, mais au delà de défendre le travail de Ricciotti que je trouve excellent par rapport au desert reglementaire français je voulais vous faire remarquer que le votre c’est un jeu facile de critique au « personnage » ricciotti en essayant de l’imiter dans les provocations avec hélas quelque chutes de style finales avec le but affiché d’avoir un droit de réponse pour vous croire une star aussi.
    On aurait aimé une critique beaucoup plus sur le fond concernant ses derniers bâtiments (on a tous des merdes de début) sur son architecture (come cela fut le cas pour Nouvel et François) et pas sur l’architecte, mais c’était moins rigolo, je l’avoue. Si Ricciotti vous stimule pour son accent vous lui répondez comme un véritable parisien, complètement aveuglé par sa façon de parler sans voir les contours. Je trouve que le travail de Ricciotti, au delà de ses conflits d’interets, est certainement plus intéressant et stimulant d’autres stars silencieuses. Et trouvez moi aujourd’hui quelqu’un disposé à travailler sans ITE.

    • La « merde » en question date de 2003 mais non visible sur son site.
      ses premières oeuvres de 1980 à 1994 sont quasi introuvables.
      Nouvel ne cache rien.
      E. François a commencé sur son site à sortir ses premières œuvres.
      Sinon, comme je l’explique en Post Scriptum, les accents je m’en fous.

      C’est une blague sur l’ITE?

  7. Chère Abeille, un grand merci. De nos jours la critique architecturale est parfaitement inexistante. Et on comprend pourquoi lorsque l’on voit les réactions des uns et des autres. Toute tentative de critique est systématiquement noyée sous des flots de bienséance nauséuse.

    Comme s’il fallait avoir tout vu et tout compris pour dire ce que l’on pense, et faire la synthèse pour faire une critique équilibrée, polie, honnête et sympa, qui ne froisse personne. Si on veut de la critique molle et bien pensante on va lire la presse archi, il n’y a que ça.

    R.R. est un personnage publique, et ses bâtiment appartiennent à tout le monde. Donc s’il couche avec lafarge et pond d’horribles merdes en béton en se remplissant les poches, alors il a le droit au pilori et c’est bien fait pour sa gueule.

  8. Bravo l’abeille!
    On te reproche de critiquer le personnage, mais désolé, le personnage est particulièrement envahissant et cherche constamment à doubler une architecture plutôt pauvre par un discours qui la valoriserait. Il nous faudra visiter le Mucem pour aller plus loin dans la critique, mais RR ne parle que de résille, passerelle et bfup (comme s’il l’avait inventé), alors toute critique de première approche est valable sur ces éléments mêmes.
    De plus RR a une fâcheuse tendance au recyclage de mots, comme quand il dit qu’il est « contextualiste » parce qu’il prend le sable dans le site (sic !!!). Je crois que l’abeille a bien raison : c’est une lutte pour imposer sa propre liberté, dans un monde du spectacle et du discours qui se dégrade à chaque nouvelle avancée de la vulgarité, de la tromperie intellectuelle et de l’inconsistance architecturale, dont RR est un fier représentant.

    • Au delà de ses méthodes de transfiguration savante du langage populaire(iste ?) ce Rudy est un indicateur sociologique sur l’état de la profession d’architecte : dans et de quelle autre profession libérale à visibilité publique accepterait-on une posture aussi « burnée » à l’heure de la féminisation du langage, des quotas… dans une profession aussi féminisée que l’ait aujourd’hui celle d’architecte on est vraiment surpris de l’absence de réactions sur ce registre. Une telle posture avec des propos aussi sexués est impensable et intenable dans bien d’autres professions intellectuelles… Rudy a vu Bourdieu dans la « sociologie et un sport de combat », maintenant il devrait lire « la domination masculine »…

  9. Riccioti me fait penser au front national, les mêmes vulgarités, une réputation de type hors système, mais qui suit exactement la mode de l’architecture non-sens, aléatoire, détramée, bref ignorée.

  10. Vous savez, son problème, c’est qu’il ne sait pas se retenir… (toute allusion sexuelle est bien sur totalement déplacée !)

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